En faire trop ou ne pas en faire assez ?

Certaines personnes (ou plutôt, une certaine personne ^^) me reprochent de me perdre dans des longueurs. J’avoue que parfois, je pourrais faire plus court, mais je laisse courir le récit pour le simple plaisir de faire interagir mes personnages et de les mettre en relief.

Quelque chose que j’ai toujours reproché aux romans, c’est qu’on ne nous montre qu’une facette des personnages. Du coup, les personnages restent creux, superficiels. Comme les décors de films américains. J’aime quand un personnage radote, quand il est chiant, un peu con, quand il fait des trucs pas logiques simplement parce que, dans la vie, on fait des trucs pas logiques. Un personnage n’est pas constamment tendu vers l’action. Parfois, en lisant certains romans, on a l’impression que les personnages ne sont que des pions, une sorte d’excuse pour faire avancer l’histoire. Un dialogue a toujours une méga importance, la moindre découverte est cruciale, toutes les pensées du héros sont dirigées vers l’histoire ou vers l’issue de celle-ci.

Non. Mais. Oh. Est-ce que vous vous imaginez si quelqu’un enregistrait votre vie du début à la fin, dans les moindres détails, et ne gardait que les éléments qu’il juge importants ? Pour un peu que ce qu’il juge important soit l’obtention d’un prix de gymnastique à l’âge de 15 ans, bravo l’intérêt.

J’ai toujours mis un point d’honneur à rendre mes personnages crédibles. Mes personnages sont chiants, ils font des trucs stupides, ils ont des problèmes existentiels débiles, ils foncent tête baissée dans la mauvaise direction, bref, ils sont humains. Luka est une grosse flemmasse qui a le sens de l’humour d’un bol de porridge, il est têtu, immature par moments, violent. Line est une égoïste naïve et indécise, qui rabaisse tout le monde et ne s’occupe pas du tout de son gosse. Ludméa est obstinée, obsédée par le « qu’en dira-t-on » et vit sur son petit nuage. Ruan est… euh… Ruan est un peu trop complexe pour qu’on le réduire à quelques mots. Lyen est prête à sacrifier tout le monde pour se venger. Bref. Heureusement, ils ne se limitent pas qu’à ça, sinon, le roman serait vite casse-pied.

Mais des fois, je me dis, peut-être que j’en fais un peu trop. Peut-être que je devrais parfois privilégier l’avancée de l’action à la profondeur et au réalisme des personnages. Je ne sais pas. En général, je n’écris qu’un dixième des scènes que j’imagine. Les scènes intermédiaires sont jouées dans ma tête et me permettent (probablement) d’améliorer le réalisme des personnages pour les scènes écrites.

Une chose qu’on m’a reprochée (une seule fois, d’ailleurs), c’est que l’histoire était déjà tellement complexe qu’ajouter des personnages complexes eux aussi contribuaient à perdre le lecteur. Par ailleurs, on m’a dit (de nombreuses fois) que mes personnages étaient extrêmement réalistes et très attachants.

Du coup, que faire ?

(si François était là, il me dirait « il faut couper !!! », mais il n’est pas là, alors j’en profite :postevil: )

16 réflexions sur “ En faire trop ou ne pas en faire assez ? ”

  1. En même temps, tout dépend de ce que tu veux faire. Ce que je t’ai reproché dans ta première partie, c’était la répétition. Plusieurs dialogues étaient répétés plusieurs fois, partaient de la même idée, suivaient le même développement et s’arrêtaient à la même conclusion. C’est sûr que dans la vie, on fait beaucoup ça, on se rappelle ce qu’on vient juste de vivre, on se répète des conversations, mais dans la fiction on a le droit de tricher. Des dialogues peuvent répéter un sujet, mais c’est quand même mieux s’ils se construisent au moins un peu sur les précédents, histoire d’avancer un peu l’intrigue, même si les discussions ne sont pas cruciales pour les personnages.

    Mais voilà. En fiction on triche, on garde ce qui sert le mieux l’intrigue. Je t’avais déjà dit que je pensais qu’il fallait que tu coupes ici et là, parce que telle scène venait dire exactement la même chose qu’une autre, tout en étant beaucoup plus «percutante», parce qu’elle avait de l’influence sur plusieurs éléments de l’histoire, alors que l’autre, plus discrète, y était comme «noyée». Pour ce genre de répétitions, je suis sûre que tu pourrais couper pas mal sans que tes personnages ne deviennent moins attachants ou moins réalistes, parce que la concurrence de ces scènes annule parfois un peu leurs effets.

    Ce qui est important pour avoir des personnages crédibles, c’est de comprendre qu’ils ont toujours plusieurs raisons pour poser un geste, dire quelque chose, penser tel truc. (Mais je pense que tu le sais !) Le lecteur n’est pas obligé de savoir dans les moindres détails tout ce qui pousse un personnage à agir de telle manière, mais il doit pouvoir le sentir. Enfin. J’ai tendance à préférer la méthode «découvrir le personnage par ce qu’il fait et ce qu’il dit et comment il le dit» que celle où les faits et gestes du personnages sont expliqués préalablement par un long monologue intérieur. Parce que des fois, c’est seulement après coup qu’on comprend pourquoi on a fait ça. Et, dans la vie, on ne sait pas ce qui se passe dans la tête des autres, donc on les découvre par ce qu’ils montrent. Mais là encore, dans la fiction on a le droit de tricher.

    Tu n’écris pas non plus de banales tranches de vie, il me semble. Oui c’est beaucoup plus axé sur la psychologie des personnages et leurs relations, mais il y a quand même une histoire qui les relie tous ensemble, et si elle les relie, c’est que ce qu’ils font influence ce que les autres font. Alors il y a moyen d’avancer l’intrigue tout en s’occupant de la psychologie, non ?

    Cela dit, je crois que tu pourrais aimer Reine de Mémoire, d’Élisabeth Vonarburg. (Je sais pas à quel point c’est possible de trouver les livres de Alire en Europe, mais apparemment c’est possible.) C’est un genre de saga familiale en 5 tomes. J’en suis au 3e, là. Ça me fait penser à LEO d’une certaine manière, dans le sujet et l’écriture. (Il y a des jumeaux entre autres, haha. Et beaucoup de secrets de famille, en plus d’un continent entier qui a été complètement oublié à cause d’un édit de Silence, qui empêche les gens d’en parler, d’y penser, de s’en souvenir. Et il y a deux trames temporelles, celle des jumeaux et de leur soeur, et celle de leur ancêtre.) Je te dis tout ça parce que c’est quand même une très bonne série/roman, que d’un côté ça te ressemble, et que je me rends compte que ça aide énormément de lire pour écrire et que tu demandais des conseils lecture.

  2. Merci Gad !!! J’espère que tu ne te sentais pas visée par le post, parce qu’en fait, je visais François ^^
    Les dialogues, j’ai l’intention d’épurer un peu. Les monologues aussi, probablement. Je pense que l’écriture devient plus consistante à partir du 2ème tome, car j’ai davantage l’habitude d’écrire.
    En tout cas, Reine de Mémoire, ça a l’air vraiment sympa. Dommage, j’ai vu Elizabeth Vonarburg il y a quelques semaines, si j’avais su, j’aurais acheté ses livres et je me les serais faits dédicacer !

  3. La longueur d’un texte n’est pas importante, il y a des nouvelles d’une page chiantes comme la pluie de Flandres et des briques de 800 pages qu’on lit d’une traite. Le problème est de savoir si l’on ennuie le lecteur ou non (et encore, il y a des ennuis de qualité). Je pense qu’un personnage peut divaguer, parler de choses qui n’ont pas de rapport direct avec le récit pour peu que ce soit intéressant (ou que le côté non intéressant ait un sens narratif/dramatique).
    Pour prendre quelques exemples de livres où les longueurs ont leur sens:
    -L’Eve future de Villiers de l’Isle Adam qui raconte l’invention d’un androïde. Des dizaines de pages sont consacrées à la description (fantaisiste mais crédible) de la femme-machine. C’est écrit dans une langue précieuse et riche qui fait tout le charme désuet de ce texte. Le roman fait 400 page, pourtant si l’on s’en tenait à l’intrigue, une nouvelle de 15 pages suffirait. Mais on se priverait du style merveilleusement longuet de Villiers et de l’aspect philosophique de la création d’une femme-machine plus belle qu’une femme-femme.

    Les longueurs ont les trouve aussi dans les descriptions de Jules Verne, mais le génie de Verne, c’est justement les descripotions qui ne font pas avancer le récit. Dans 20.000 lieus sous les mers il y a plus de poissons que de personnages, et c’est ça qui est génial !

    Je crois que je n’aime pas la littérature rapide ;-)

  4. Dans le genre long je conseille « Le livre du graal », la version originale (13ème siècle) de la légende arthurienne (Gallimard, Bibl de la pléiade) 3 tomes (deux de parus) de 1800 pages. Le texte en ancien français + transcription en français moderne.
    Cela dépassse de très loin des resucées moderne.

    Mais j’adore aussi la brièveté absolue des « contes glacés » de Jacques Sternberg.

  5. Ah, je suis pas très graal et légendes arthuriennes (au contraire de mon copain, qui adore ça).
    Je ne connais pas Jacques Sternberg. Si je tombe sur un de ces bouquins, je l’achèterai, pour essayer !

  6. Non non, je me sentais pas visée, je savais très bien que tu visais François. Mais je voulais quand même dire que je pense moi aussi qu’il faudrait couper, parce que certaines scènes sont trop longues parce que trop répétitives, et en fait c’est surtout à cause de monologues intérieurs.

    Élisabeth Vonarburg avait fait une présentation qui s’appelait «comment j’ai écrit reine de mémoire» et je l’ai MANQUÉE ! parce que j’avais seulement lu le premier tome, l’année dernière en plus alors j’avais oublié plein de trucs. Et c’est seulement après le congrès que je me suis décidée à aller acheter les autres, parce que soudainement j’ai commencé à ravoir de l’argent. Elle fait des ateliers d’écriture, aussi, et il paraît que c’est la meilleure chose qui pourrait m’arriver. (Ça et gagner à la loterie.) «On a toujours plus qu’une raison pour faire quelque chose», c’est une de ses phrases clé, d’ailleurs.

  7. Oui, je suis d’accord aussi sur le fait qu’il faille couper quelques trucs. D’ailleurs, si je me souviens bien, la plupart de tes commentaires portaient sur le premier chapitre, et celui-ci va être complètement réécrit.
    Elizabeth Vonarburg, il va vraiment falloir que j’achète un de ses bouquins. En tout cas, je l’ai entendue parler, elle a l’air vraiment sympa et elle a de bonnes idées.

  8. Personne ne peut décemment te reprocher de créer des personnages crédibles et/ou singuliers ! Au contraire, il y a tant d’archétypes et de persos monolithiques en SFF que voir des humains change un peu. ;)
    Le tout est de ne pas céder à la tentation de la « vitrine », c’est-à-dire avoir tendance à forcer le trait non pour faire vivre un personnage, mais pour montrer qu’on le fait vivre.
    Il suffit en fait de peu de choses, très peu de paroles pour que le lecteur fasse aussitôt le calcul et colle une étiquette sur un perso. Après tout, nous le faisons déjà en tant qu’humains ! Ensuite, il suffit juste d’une attitude, de la manière dont un perso fait une action pour faire écho avec son caractère.
    Bref, et moi le premier, on a parfois l’impression qu’il faut accompagner le lecteur dans sa découverte d’un personnage, éventuellement insister pour qu’il ait bien dans l’esprit ce qu’on veut qu’il ait comme idée sur un perso, mais en fait bien souvent le lecteur fait le travail lui-même. Evoquer suffit parfois pour créer.

    Alexis

  9. Je prends le train en marche, veuillez m’en excuser.

    Pour moi, la crédibilité des personnages, mais aussi de l’histoire, si situe dans les dialogues. De nombreux romans qui pourraient être passionnants sont plombés par des dialogues qui ne sont pas à la hauteur de l’histoire.
    Quand j’écris, j’ai toujours cette obsession en tête : des dialogues de qualité. Je ne prétends pas y parvenir (je suis très mauvais pour faire mon autocritique. Hier j’ai relu deux chapitres de mon premier roman, et ça m’a terrifié !), mais je tends vers cet objectif.
    Comment retranscrire un dialogue qui soit de qualité et crédible? A mon sens, c’est une affaire de compromis. Pour qu’il soit réaliste, il faut se rapprocher du langage parlé. Mais à trop s’en approcher, on tombe dans le banal. A trop vouloir être littéraire, en revanche, on se détache et on tend vers l’abstraction.

    Le dialogues seuls ne font pas tout. L’habillage a son importance. Récemment, Ness pestait contre ses personnages qui ne savaient que « hausser les épaules » ou « lever un sourcil ». Je pense que pour habiller une scène de dialogue, il faut la vivre de nombreuses fois dans sa tête. Comme pour une scène de cinéma, que l’on tourne et retourne. Pourquoi pas se mettre en situation, et la jouer soi-même?
    Parfois je supprime cet habillage, lorsque je joue sur la spontanéité des dialogues, ou sur le rythme. Il s’ensuit alors un jeu de ping-pong à la manière des frères ennemis. On oublie le décor et on se concentre sur l’échange.

    Bon, j’enfonce peut-être une porte ouverte. Je suppose que de nombreux auteurs ont théorisé sur ces pratiques (encore que je ne connais aucun ouvrage qui traite des techniques d’écriture).

    bonne journée

    Luc

  10. C’est vrai qu’il faut que je fasse un clair travail sur les dialogues.
    Cela dit, à mon avis, il doit exister une tonne de bouquins sur les techniques d’écriture, Luc ^^
    Je vais m’atteler à faire faire autre chose à mes persos que hocher la tête, hausser les sourcils et sourire…

  11. On n’en fait jamais trop, surtout quand on supprime du texte.

    Ce rappeler ce bon mot de Mozart : Plus c’est court et mieux ça vaut. Il parlait de sa musique, bien sûr, qui n’est pas si mauvaise que ça, et non du déduit.

  12. Je ne suis pas d’accord. Supprimer des passagers inutiles, ok. Supprimer des passages qui mettent en lumière l’un ou l’autre trait de caractère d’un personnage, quand tu écris un roman basé sur les personnages et leur psychologie, non.
    Je sais que tu aimerais que je concentre l’intégralité de la série en 150 pages, mais ce ne sera pas le cas.
    Peut-être que Frank Herbert aurait lui aussi gagné à supprimer de nombreux passages de son Dune, en attendant, il ne l’a pas fait, et ce roman est considéré comme un chef d’oeuvre de la littérature SF. (je ne dis pas que le mien connaîtra le même sort…)
    Par contre, oui, je risque de supprimer les redondances, et les trucs qui ne servent franchement à rien du tout. Entre moi qui écris trois tonnes et toi qui supprimes trois fois trop de texte (à mon avis. Cela dit, pour ce que tu écris, c’est tout bon. Pour ce que j’écris, c’est impossible), on va arriver à faire un truc pile poil nickel.

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