Under pressure

(oui, je suis fan des Queen)

Bon, pourquoi cette entrée ? Ceux qui me connaissent savent que je suis une fan inconditionnelle de la saga de Jean Auel Earth’s Children (en français : les Enfants de la Terre… oui). Le premier tome de la série est sorti en 1980. Le deuxième en 1982. Le troisième en 1985. Le quatrième en 1990. Je découvre la série en 1995, je n’ai donc *que* sept ans à attendre pour lire le cinquième tome, paru en 2002. Et en 2011, enfin, 31 ans après le début de la saga, Jean Auel publie le sixième (et apparemment dernier) tome de cette série.

J’ai évidemment lu ce roman tant attendu… Déjà, le cinquième m’avait un peu déçue, il ne collait pas vraiment aux quatre premiers, et franchement, le quatrième se terminait d’une manière tout bonnement magnifique qui aurait été parfaite pour clore la saga. J’ai essayé de me tenir éloignée des différentes critiques, mais j’ai fini par céder, pour remarquer que le roman avait été très mal reçu. Déterminée à me faire ma propre opinion, j’ai continué ma lecteur. Et oui, la déception est grande, très très grande… Outre l’attente incroyable pour lire ce bouquin, il y avait le sentiment que ce livre-là était le dernier, que, par conséquent, il devait être aussi bien sinon mieux que les 5 premiers. Et devait, évidemment, terminer cette saga. Je pense qu’il termine aussi bien cette saga que je pourrais terminer les Enfants de l’Ô en arrêtant ma publication, par exemple maintenant, au chapitre 11 du tome 4. Rien de spectaculaire, l’héroïne est laissée en plan et le lecteur a une vague idée de ce qui pourra lui arriver dans un futur proche. J’aurais, à la limite, préféré qu’elle la tue, ou alors qu’elle nous fasse un épilogue à la Harry Potter, genre « vingt ans après… ». Mais non.

Du coup, je suis retournée voir les critiques, et elles sont très très dures. Le sixième tome a 2 étoiles sur Amazon (405 votants) contre 4 et demie pour le premier tome (500 votants). Les lecteurs pètent leur câble un peu partout sur les forums, et je peux les comprendre. Bon, moi je m’étais déjà fait une raison sur les questions que je me posais depuis longtemps car il était évident, au vu de la trame de l’histoire, qu’elles ne pouvaient pas avoir de réponse, et ce n’était pas si dérangeant que ça, mais beaucoup ont été déçus. Ce que je reproche surtout au roman, ce sont les interminables descriptions de peintures des cavernes, l’utilisation trop fréquente (vraiment trop fréquente) des paroles d’un chant (je ne veux pas spoiler, mais le machin fait plusieurs pages, il est donné 3 fois dans son entièreté au cours du roman, et au moins 10 fois en petits bouts, et c’était la même chose dans le tome 5), d’une intrigue peu fournie (bon, là je ne peux pas trop gueuler car l’intrigue de mon bouquin n’est pas très fournie non plus), et surtout, surtout… mais qui a édité ce livre ?!! Les innombrables répétitions, la ponctuation désastreuses, les fautes, les incohérences… Honnêtement, on dirait le premier jet de mon premier tome (et vous savez comment je considère celui-ci).

J’en viens aux faits… Tout ceci m’a fait réfléchir, et m’a mis une pression pas possible. J’ai essayé de me mettre à la place de l’auteur, d’imaginer ce qu’elle avait pu ressentir au vu de l’accueil du tome final (honnêtement, à mon avis et celui d’autres lecteurs, elle ne l’a pas écrit, ni le précédent, en tout cas pas en entier). 31 ans de sa vie passés à écrire, et une dernière impression amère sur le tome final, donc le plus important. J’ai recommandé cette saga à des dizaines et des dizaines de personnes, je ne sais pas si je la recommanderai encore : même si les trois premiers tomes sont excellents, le quatrième commence à battre de l’aile et les deux derniers sont mauvais pour l’un, catastrophique pour l’autre. Je crois que si j’étais Jean Auel, j’irais me pendre (non, mais là je ne plaisante pas, après un accueil pareil pour mon bouquin, vraiment, je me jetterais du haut d’un pont ou je choisirais une autre mort, mais je n’aurais plus trop envie de vivre) à la lecture des critiques.

Du coup, je ressens vraiment la pression, là… je me dis : et si je finis par décevoir les lecteurs ? Et si, un jour, les gens m’insultent sur le net parce que mon bouquin les a déçus ? J’avais déjà la pression après avoir vu le dernier épisode de la série Lost (série que j’avais appréciée pendant les trois premières années et que j’avais regardée ensuite sans grand intérêt juste pour savoir comment les scénaristes allaient se tirer du pétrin où ils s’étaient fourrés, tant il était évident qu’ils fonçaient tête baissée et balançaient des trucs « parce que c’est cool ». J’attendais donc les explications). Ce dernier épisode a été vraiment marquant, dans le sens où la moitié des gens l’ont adoré, et l’autre moitié l’ont détesté. Ceux qui l’ont adoré étaient du genre « oui, c’est vrai, on n’a pas les réponses à la plupart des questions qu’on se posait et il y a plein de trucs illogiques, mais on s’en fout, c’était BEAU !!! ». Moi je faisais partie des autres, évidemment. Je me suis sentie trahie. A ce moment-là, j’avais décidé que je ne ferai pas la même chose à mes lecteurs et que tout serait expliqué en temps voulu (c’était déjà ce que je pensais faire, mais là j’ai été confortée dans cette idée).

Alors voilà, j’ai vraiment la pression… Quand on écrit un one-shot, voire un diptyque ou même une trilogie, j’ai l’impression que ce n’est pas pareil. Moi, si je lis un livre qui me déçoit, ben voilà, tant pis. Si je lis le deuxième tome d’un diptyque et que je ne suis pas satisfaite, je ne suis pas vraiment contente, mais ça passe encore. Avec une trilogie, la pilule est plus dure à passer… Au final, plus il y a de livres avant, plus l’énervement est conséquent si le dernier tome n’est pas à la hauteur. Dans le cas des Enfants de la Terre, je ne sais pas combien ces six tomes représentent de millions de mots (oui, j’ai bien dit millions. Je penche pour 5, je chercherai, ça doit être trouvable quelque part), mais je peux vous dire qu’il y a des centaines d’heures de lecture derrière tout ça (surtout que j’ai lu la saga plusieurs fois, en attendant désespérément la suite). J’ai l’impression amère d’avoir « perdu mon temps », tout comme quand j’ai regardé Lost (6 saisons, quand même…).

Je sais (je me connais) que la saga des Enfants de l’Ô sera plus longue que celle des Enfants de la Terre. Déjà parce que, selon mes prévisions, il y aura au minimum trois cycles. Et que je me connais. (vous vous souvenez quand je disais « non non, mais il n’y aura qu’un seul tome… (3 mois après) Oui, ok, il y en aura deux, mais c’est tout, hein !!! (etc. etc. les années passent…) Bon, j’admets, il y en aura un septième, mais après c’est fini !!! » ?) Donc imaginez la pression que j’aurai avec le dernier tome ? Genre je porterai sur mes épaules les milliers d’heures que les lecteurs auront passés sur les précédents bouquins ! Leurs attentes seront évidemment très très hautes !

Bref… la pression, quoi. Et vous, ça vous fait ça aussi ? (je sais, personne n’a une espèce de saga-fleuve comme la mienne, mais vous pouvez répondre même si vous n’avez écrit qu’un seul tome, hein !) J’avoue que ça me fait vraiment flipper…

Nuage de mots !

Trouvé par Gaby, ce site génial, Wordle, permet de créer un nuage des mots les plus utilisés dans votre texte. Il y a la possibilité (cochée par défaut) d’ôter les mots les plus courants, pour ne pas se retrouver avec un nuage de « mais », « et », « les », « le », etc. (le « mais » et le « et », ce sont mes gros défauts…). On peut changer la police, on peut changer la forme, les couleurs, etc.

Je me suis amusée à faire quelques essais, en particulier un aux couleurs du blog :

Nuage de mots du T1, par Wordle

Mais j’ai aussi fait des essais avec des couleurs un peu moins difficiles à lire :

Nuage de mots, T1, par Wordle

Et j’en avais fait un magnifique, turquoise et chocolat (mes couleurs ^^), avec une police différente, mais comme une cruche j’ai fait une fausse manip et je n’ai pas pu le sauver… snifff… Et vous, ça donne quoi ? (vous pouvez enregistrer votre nuage sur le site, puis poster le lien)

Edit : j’ai refait un turquoise, je ne résiste pas…

Nuage de mots du tome 1, version turquoise !

Magnifique, n’est-ce pas ? J’ai presque envie d’en faire un poster pour mon salon…

Descriptions « subtiles » de personnages

Il y a un an à peu près, alors que je discutais avec un auteur amateur, nous en sommes venus à parler « descriptions de personnages ». Je lui disais que j’avais un peu de mal à placer la description de mes personnages, étant donné que le roman était écrit du point de vue des personnages, et que ceux qui se connaissaient avant le début de l’histoire n’allaient pas tout d’un coup bloquer sur leur super pote pour le « regarder sous un oeil nouveau » et le décrire. Franchement, c’est vrai que mes descriptions se bornent à peu près à la carrure, la couleur de cheveux, le genre de coiffure, la couleur des yeux.

Cette personne m’a alors répondu qu’il était facile de placer mine de rien dans la narration, même du point de vue d’un personnage, la description d’un autre personnage. Il m’a donné un exemple lamentable, dont il était probablement assez fier (bon, là j’avoue, je suis méchante, peut-être que je l’ai interprété comme lamentable parce que je déteste ce genre de pratique), et j’en ai déduit que j’allais conserver ma manière de décrire mes personnages, avec quelques indices peu à peu, placés de façon logique au cours du roman.

Il y a quelques semaines, j’ai retrouvé sur mon ordi (en cherchant évidemment totalement autre chose, chose que je n’ai pas retrouvée, c’est toujours comme ça) un fichier pdf contenant le roman publié (à compte d’auteur) d’un écrivain que je connais très peu. Cette personne m’avait envoyé son roman, le résumé me paraissait plutôt intéressant, donc j’avais décidé de le lire. Sauf que les mois passant, j’avais oublié l’existence de cette petite merveille qui incita le billet ci-présent. J’ai commencé à lire, et immédiatement, j’ai été assaillie par quantité de petites descriptions soi-disant subtiles des personnages et des lieux. Le style est bon, l’histoire a l’air intéressante, les dialogues sont maîtrisés (bon, je dis ça, mais je n’ai lu que deux chapitres). Si ce roman avait été une vraie daube (croyez-moi, j’en ai lu, des vraies daubes…) j’aurais à peine remarqué ce « détail », sauf que le texte étant tout à fait lisible, cela m’a sauté aux yeux.

Je ne peux de toute évidence pas citer en exemple le texte de cette personne, ce qui serait cruel et au final pas très juste car ce n’est pas la première fois que je vois ce genre de choses dans les romans, et que ce n’est donc pas particulièrement lié à son roman. J’ai donc décidé de prendre ma plus belle plume (celle qui a un clavier QWERTZ) et de concocter un petit texte pour illustrer mon propos. Il est à noter que, malgré tous mes efforts, je ne suis pas vraiment parvenue à écrire quelque chose d’aussi « bien » que l’original, mais ça suffira pour que vous compreniez de quoi je parle.

En effet, tout l’art de la description consiste à faire passer au lecteur, mine de rien, une certaine image des personnages, des lieux, des ambiances. C’est le fameux show, don’t tell. Quand j’étais gosse, mes descriptions étaient du genre « il y avait un arbre, il était vert, il y avait des pommes rouges sur l’arbre, derrière l’arbre il y avait un étang, dans l’étang il y avait des grenouilles, etc. » (j’exagère, mais vous voyez le principe). Il y aurait eu bien des manières subtiles de faire passer le même message. Dans les Enfants de l’Ô, il y a au final assez peu de descriptions, alors que les descriptions, c’était un peu ma grande passion lorsque j’ai commencé à écrire. J’essaie de suivre au mieux la règle du show, don’t tell, et je pense que ça passe assez bien.

Maintenant, voyons ce qui arrive quand on veut inclure « subtilement » une description de personnages dans une scène, mais qu’on est pressé, et qu’on tient à ce que le lecteur ait une vision précise et détaillée de notre personnage au bout de la troisième page :

Irina ôta sa casquette et déploya dans un mouvement fluide sa longue chevelure blonde. Elle scruta l’horizon de son doux regard bleu, avant de dérouler son mètre soixante-quinze et de se diriger vers la plage. A dix-neuf ans, elle concourait pour le titre de Miss France : ses pommettes hautes — héritage de ses ancêtres slaves —, son nez droit et ses lèvres bien dessinées faisaient d’elle une candidate bien placée pour le titre. Le col de sa chemise mauve était froissé, elle le lissa d’une main fine aux ongles impeccablement vernis.
Un homme venait à sa rencontre. Le vent agitait ses courtes boucles châtain clair, et faisait battre son pantalon de lin couleur taupe contre ses chevilles. Irina lui sourit, dévoilant des dents d’une blancheur éclatante, qui contrastaient avec le rose poudré de son rouge à lèvres. Elle minauda, ferma à demi ses paupières légèrement fardées de bleu pastel. La carrure imposante de l’homme l’impressionna : sa chemise de coton brune moulait ses épaules larges et ses muscles se dessinaient sous le tissu léger.
Un coup de vent fit soudain vaciller la frêle silhouette d’Irina. L’homme saisit sa main pour l’aider à reprendre l’équilibre ; ses cinquante kilos ne pesaient pas lourd contre les bourrasques bretonnes. Elle perdit son regard bleu dans ses grands yeux noisette, apprécia la finesse de ses traits, ses lèvres charnues, sa mâchoire carrée à peine recouverte d’un début de barbe. Consciente de l’avoir dévisagé un peu trop longtemps, elle baissa les yeux sur ses sandales violettes, que le sable commençait à recouvrir, chassé par le vent.

C’est, selon moi, vraiment pourri. Mais croyez-moi, cela reste plus subtil que l’original. Remarquez, l’avantage, c’est qu’au bout de quelques lignes, on a parfaitement identifié Irina : une grande blonde d’un mètre soixante-quinze, plutôt maigre, très jolie, avec un visage typé slave, les yeux bleus. On sait qu’elle se maquille comme une cruche pour aller à la plage, on sait aussi qu’elle aime le violet, qu’elle porte une chemise et des sandalettes. Et surtout — le détail qui tue et sans lequel le lecteur n’aurait pas pu continuer sa lecture une minute de plus sans ressentir un grand vide —, qu’elle prend soin de ses mains et qu’elle porte du vernis à ongles. On a très vite identifié aussi l’inconnu qui vient à sa rencontre : il est grand, baraqué, a les cheveux bouclés, châtain clair, de grands yeux noisette, il est musclé, mal rasé. Il aime apparemment les tons de brun et aime les vêtements légers qui flottent dans le vent.

Bref, c’est l’exemple typique, à mon humble avis, de ce qu’il ne faut pas faire. Je pense qu’il vaut parfois mieux disséminer un peu les descriptions plutôt que de les balancer comme un gros paquet bien ficelé au lecteur, façon « tiens, prends-toi ça dans la face ». Maintenant, je vous déconseille de faire comme moi et de mettre la description de votre personnage principal au milieu du tome 2, les lecteurs peuvent être déconcertés, surtout s’ils ont imaginé un petit blond aux yeux bleus pendant 300 pages et qu’ils se retrouvent avec un grand noiraud aux yeux verts (ne vous inquiétez pas, là encore c’est un exemple, bien évidemment la description « basique » de mon personnage principal était faite tôt dans le roman. Je ne m’étais par contre pas attardée sur son nez droit, ses lèvres charnues, sa barbe de trois jours, etc.).

Si vous aussi vous avez des exemples de descriptions « subtiles » qui ont mal tourné, n’hésitez pas !!!