Descriptions « subtiles » de personnages

Il y a un an à peu près, alors que je discutais avec un auteur amateur, nous en sommes venus à parler « descriptions de personnages ». Je lui disais que j’avais un peu de mal à placer la description de mes personnages, étant donné que le roman était écrit du point de vue des personnages, et que ceux qui se connaissaient avant le début de l’histoire n’allaient pas tout d’un coup bloquer sur leur super pote pour le « regarder sous un oeil nouveau » et le décrire. Franchement, c’est vrai que mes descriptions se bornent à peu près à la carrure, la couleur de cheveux, le genre de coiffure, la couleur des yeux.

Cette personne m’a alors répondu qu’il était facile de placer mine de rien dans la narration, même du point de vue d’un personnage, la description d’un autre personnage. Il m’a donné un exemple lamentable, dont il était probablement assez fier (bon, là j’avoue, je suis méchante, peut-être que je l’ai interprété comme lamentable parce que je déteste ce genre de pratique), et j’en ai déduit que j’allais conserver ma manière de décrire mes personnages, avec quelques indices peu à peu, placés de façon logique au cours du roman.

Il y a quelques semaines, j’ai retrouvé sur mon ordi (en cherchant évidemment totalement autre chose, chose que je n’ai pas retrouvée, c’est toujours comme ça) un fichier pdf contenant le roman publié (à compte d’auteur) d’un écrivain que je connais très peu. Cette personne m’avait envoyé son roman, le résumé me paraissait plutôt intéressant, donc j’avais décidé de le lire. Sauf que les mois passant, j’avais oublié l’existence de cette petite merveille qui incita le billet ci-présent. J’ai commencé à lire, et immédiatement, j’ai été assaillie par quantité de petites descriptions soi-disant subtiles des personnages et des lieux. Le style est bon, l’histoire a l’air intéressante, les dialogues sont maîtrisés (bon, je dis ça, mais je n’ai lu que deux chapitres). Si ce roman avait été une vraie daube (croyez-moi, j’en ai lu, des vraies daubes…) j’aurais à peine remarqué ce « détail », sauf que le texte étant tout à fait lisible, cela m’a sauté aux yeux.

Je ne peux de toute évidence pas citer en exemple le texte de cette personne, ce qui serait cruel et au final pas très juste car ce n’est pas la première fois que je vois ce genre de choses dans les romans, et que ce n’est donc pas particulièrement lié à son roman. J’ai donc décidé de prendre ma plus belle plume (celle qui a un clavier QWERTZ) et de concocter un petit texte pour illustrer mon propos. Il est à noter que, malgré tous mes efforts, je ne suis pas vraiment parvenue à écrire quelque chose d’aussi « bien » que l’original, mais ça suffira pour que vous compreniez de quoi je parle.

En effet, tout l’art de la description consiste à faire passer au lecteur, mine de rien, une certaine image des personnages, des lieux, des ambiances. C’est le fameux show, don’t tell. Quand j’étais gosse, mes descriptions étaient du genre « il y avait un arbre, il était vert, il y avait des pommes rouges sur l’arbre, derrière l’arbre il y avait un étang, dans l’étang il y avait des grenouilles, etc. » (j’exagère, mais vous voyez le principe). Il y aurait eu bien des manières subtiles de faire passer le même message. Dans les Enfants de l’Ô, il y a au final assez peu de descriptions, alors que les descriptions, c’était un peu ma grande passion lorsque j’ai commencé à écrire. J’essaie de suivre au mieux la règle du show, don’t tell, et je pense que ça passe assez bien.

Maintenant, voyons ce qui arrive quand on veut inclure « subtilement » une description de personnages dans une scène, mais qu’on est pressé, et qu’on tient à ce que le lecteur ait une vision précise et détaillée de notre personnage au bout de la troisième page :

Irina ôta sa casquette et déploya dans un mouvement fluide sa longue chevelure blonde. Elle scruta l’horizon de son doux regard bleu, avant de dérouler son mètre soixante-quinze et de se diriger vers la plage. A dix-neuf ans, elle concourait pour le titre de Miss France : ses pommettes hautes — héritage de ses ancêtres slaves —, son nez droit et ses lèvres bien dessinées faisaient d’elle une candidate bien placée pour le titre. Le col de sa chemise mauve était froissé, elle le lissa d’une main fine aux ongles impeccablement vernis.
Un homme venait à sa rencontre. Le vent agitait ses courtes boucles châtain clair, et faisait battre son pantalon de lin couleur taupe contre ses chevilles. Irina lui sourit, dévoilant des dents d’une blancheur éclatante, qui contrastaient avec le rose poudré de son rouge à lèvres. Elle minauda, ferma à demi ses paupières légèrement fardées de bleu pastel. La carrure imposante de l’homme l’impressionna : sa chemise de coton brune moulait ses épaules larges et ses muscles se dessinaient sous le tissu léger.
Un coup de vent fit soudain vaciller la frêle silhouette d’Irina. L’homme saisit sa main pour l’aider à reprendre l’équilibre ; ses cinquante kilos ne pesaient pas lourd contre les bourrasques bretonnes. Elle perdit son regard bleu dans ses grands yeux noisette, apprécia la finesse de ses traits, ses lèvres charnues, sa mâchoire carrée à peine recouverte d’un début de barbe. Consciente de l’avoir dévisagé un peu trop longtemps, elle baissa les yeux sur ses sandales violettes, que le sable commençait à recouvrir, chassé par le vent.

C’est, selon moi, vraiment pourri. Mais croyez-moi, cela reste plus subtil que l’original. Remarquez, l’avantage, c’est qu’au bout de quelques lignes, on a parfaitement identifié Irina : une grande blonde d’un mètre soixante-quinze, plutôt maigre, très jolie, avec un visage typé slave, les yeux bleus. On sait qu’elle se maquille comme une cruche pour aller à la plage, on sait aussi qu’elle aime le violet, qu’elle porte une chemise et des sandalettes. Et surtout — le détail qui tue et sans lequel le lecteur n’aurait pas pu continuer sa lecture une minute de plus sans ressentir un grand vide —, qu’elle prend soin de ses mains et qu’elle porte du vernis à ongles. On a très vite identifié aussi l’inconnu qui vient à sa rencontre : il est grand, baraqué, a les cheveux bouclés, châtain clair, de grands yeux noisette, il est musclé, mal rasé. Il aime apparemment les tons de brun et aime les vêtements légers qui flottent dans le vent.

Bref, c’est l’exemple typique, à mon humble avis, de ce qu’il ne faut pas faire. Je pense qu’il vaut parfois mieux disséminer un peu les descriptions plutôt que de les balancer comme un gros paquet bien ficelé au lecteur, façon « tiens, prends-toi ça dans la face ». Maintenant, je vous déconseille de faire comme moi et de mettre la description de votre personnage principal au milieu du tome 2, les lecteurs peuvent être déconcertés, surtout s’ils ont imaginé un petit blond aux yeux bleus pendant 300 pages et qu’ils se retrouvent avec un grand noiraud aux yeux verts (ne vous inquiétez pas, là encore c’est un exemple, bien évidemment la description « basique » de mon personnage principal était faite tôt dans le roman. Je ne m’étais par contre pas attardée sur son nez droit, ses lèvres charnues, sa barbe de trois jours, etc.).

Si vous aussi vous avez des exemples de descriptions « subtiles » qui ont mal tourné, n’hésitez pas !!!

4 réflexions sur “ Descriptions « subtiles » de personnages ”

  1. D’un autre côté, la description qui arrive sur la fin du roman, Heinlein (un autre grand spécialiste du show don’t tell ;-) le fait tout le temps : on s’était représenté ton petit blond aux yeux bleus et on se retrouve toute bête avec un grand Noir ou un portoricain… :hardthinking: :idea:

  2. Tiens, ton passage était exactement ce que je faisais quand j’ai commencé à écrire ! J’avais 16 ans et je lisais énormément d’Harlequinades, en même temps…

  3. Néanmoins, vu le potentiel de vente dans les gares que ton début de roman promet, je me demande si tu ne ferais pas bien de continuer à l’écrire pour arrondir tes fins de mois !

  4. Je suis une grande spécialiste de ce genre de description je pense XD Donc je ne peux pas jeter la pierre ! Mais c’est vrai que la plupart du temps j’essaie de décrire les personnages du point de vue d’un autre personnage qui les découvre… hum. Je devrais me relire une fois pour voir. Vu que j’ai souvent une vision très précise de ce à quoi il ressemble j’ai toujours envie que mes lecteurs les voient de la même façon que moi ^^;

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