THE Dilemme

Avec un grand THE et un grand D parce que ça fait déjà plusieurs années que je le traîne, celui-là… Bon, comme vous le savez sûrement, je suis en grande « correction / réécriture partielle » de mon premier tome, et j’ai donc pris en compte les remarques (multiples) de mes lecteurs. Une remarque qui revenait très fréquemment, c’était celle sur la confusion entre les deux époques différentes dans lesquelles le bouquin se déroulait. Évidemment, moi je n’ai jamais trouvé ça confus car au final c’était très simple de s’y retrouver quand on avait compris que le seul perso qui se « déplaçait » entre les deux époques était Lúka, et que les autres restaient gentiment plantés toujours dans la même époque. Bref, je ne suis sans doute pas le bon exemple de lecteur lambda.

J’en viens aux faits… Ma solution à ce problème : donner au début de chaque changement d’époque une date et un lieu, comme ça, plus de confusion possible. Cette solution a été approuvée par plusieurs personnes. Oui, mais…

Mais maintenant se pose THE Dilemme : pour la faire brève (et caricaturer à gros traits car mon bouquin ne parle pas du tout de ça) il y a des gens qui vivent sur la Terre dans mettons une cinquantaine d’années, et d’autres qui vivent sur une autre planète, dans environ 300 ans (ou peut-être 400, ou 500, j’ai pas encore décidé, mais on s’en tape, ça ne change rien au problème). Comme bien souvent dans les grands clichés de la SF (dont je me sers à tour de bras car je préfère me concentrer sur les persos et que le background historique / politique / économique / … , soyons sérieux, j’en ai rien à braire), la nouvelle planète s’est frittée avec la Terre, résultat, les deux sont en guerre, et blablabla et blablabla. Pas original, je sais, mais je cherchais pas à faire original. Avec une histoire aussi compliquée que celle des Enfants de l’Ô, la dernière chose dont j’avais besoin, c’était un monde complexe, un environnement difficile à comprendre, et toutes sortes de choses qui ne servent à rien mais qui rendent l’histoire plus réaliste. Mais comme je ne suis pas Frank Herbert et que je n’ai pas son talent, j’ai un peu zappé tout ça pour me concentrer sur ce qui m’intéressait moi : les personnages.
Alors ces deux planètes se mettent sur la gueule depuis des années, et évidemment, la nouvelle planète a réclamé son indépendance (« and today is our Independence Dayyyyy!!!! » quelqu’un a saisi la référence ? ^^). Et par souci de « tout ce qu’il y avait avant c’était de la merde, créons notre propre monde où tout est mieux que chez les autres », les habitants ont, sans doute, décidé de le customiser un peu (« et là, on va… dégager les angles !!! »).

J’en arrive au coeur du problème (après avoir perdu sans doute une dizaine de lecteurs potentiels qui ont dû se dire « mais c’est qui cette débile ??? ») : au début de chacune de mes époques, donc, je vais mettre une date. Bon, c’est vrai, je pourrais me la jouer grand cliché de la SF, avec un truc à la « 0600 ST (standard time) 04/17/2482″, mais je ne sais pas pourquoi, ça me tente moyen. C’est comme les trucs qui se passent dans cinq cents ans avec leurs 350 planètes-colonies peuplées chacune de plusieurs millions d’habitants (« Chers écrivains de SF… Les humains, c’est pas comme les souris, ça vous pond pas 12 bébés toutes les trois semaines »). (oui, je sais, j’ai fait ça moi aussi, mais j’étais jeune)

Donc la date, je la vois plus comme un truc du genre 24 février 2059, qui fait moins « cheap science-fiction » que ce que j’ai mentionné plus haut (là, je vais me faire haïr par les écrivains de SF qui ont fait ça… en même temps, je ne vise personne, je n’ai jamais lu de SF française. J’aurais peut-être dû, du coup). Mais voilà où le bât blesse : pour ma nouvelle planète et ses chers habitants qui étaient si contents de rejeter tout ce qu’il y avait avant, est-il plausible qu’ils gardent les mêmes noms de mois, de jours ? (là vous allez sans doute me faire la réflexion qu’il n’y a pas le même nombre de jours sur ma nouvelle planète, que ce n’est pas possible, etc. Mais en fait, si, à peu de choses près, il y a le même nombre de jours, et même que c’est pas possible et que c’est pour ça que c’est fait exprès, merci aux gens qui ont pensé (et il y en a eu) que c’était juste n’importe quoi et que je n’avais pas réalisé que la probabilité était infime pour qu’un truc comme ça arrive)

J’avoue, je l’ai dit plus haut, je ne lis pas de SF française (c’est sans doute un tort, mais c’est juste que, ben… allez-y, en fait, proposez-moi des bouquins, je serais ravie d’en lire, juste qu’à maintenant je me suis concentrée sur les grands auteurs américains, mais il y a sans doute des auteurs français tout aussi géniaux). Je ne sais donc pas comment ça se passe dans la littérature francophone. Je sais juste que je n’ai pas envie d’un 0600 ST (standard time) 04/17/2482. Par contre, je lis de la fantasy (précision : je corrige de la fantasy, c’est d’ailleurs la seule occasion dans ma vie où je lis de la fantasy car je n’aime pas ça (grosse contradiction, car j’ai beaucoup aimé tous les romans que j’ai corrigés / relus), ce n’est pas trop mon truc. En fait, mon truc, c’est la littérature générale. On dirait pas, comme ça, mais si). Et en fantasy, il y a toujours des super calendriers inventés qui déchirent tout, avec des noms de jours, des noms de mois, des trucs tout le temps très sympas (et souvent aussi des petites notes façon « extrait de bouquin d’histoire du mage Bidule ». J’aime bien, mais ça fait très fantasy. Cela dit c’est un excellent moyen de placer son univers sans saouler le lecteur pendant le récit).

Bon, pour ceux qui ont lu jusque-là (merci !!! Je vous assure que mon bouquin ne ressemble pas à mes notes de blog), THE Dilemme va enfin être dévoilé. Sachant que mon bouquin n’est pas de la fantasy mais de la SF, serait-il plausible que les gens aient inventé un nouveau calendrier pour se détacher de l’ancien régime (toute référence à Napoléon et à ses Brumaire & Co est purement fortuite, évidemment) ? Auquel cas, c’est bon, j’ai un calendrier très cool (merci Lily !!!), j’ai même potentiellement des jours de la semaine très sympas aussi (tomate, pomme de terre, topinambour, fenouil, basilic, chou-fleur… là encore, toute référence au calendrier républicain ne peut-être que fortuite. Bon, je déconne, hein, faut pas charrier. Je vois bien mon perso dire « je viendrai te chercher tomate prochain, mets une belle robe »). Maintenant, le truc, c’est que mon bouquin, justement est : 1. de la SF  2. assez compliqué comme ça  3. une belle déception pour tous les gens qui l’ont lu en pensant que j’avais développé tout un monde, un peu comme Dune.

Mon problème est le suivant : les avis divergent. Certains me disent qu’en effet il serait illogique que les colons aient gardé les noms d’avant, car avec la guerre et tout, on ne peut pas dire que la nostalgie était au rendez-vous et que pour se détacher de cette période sombre, il paraîtrait assez sensé de trouver de nouveaux noms. D’autres me disent (certainement à raison, je suis d’ailleurs assez d’accord) que ce n’est pas utile à l’histoire, et que ça ne sert à rien de compliquer davantage. Je sais, je ne pourrai jamais avoir un truc 100% réaliste ou même logique, mais là, ce truc me pose un problème. Depuis des années. Il m’a fallu 14 ans pour trouver un nom à ma planète (c’est fait !!!), et depuis à peu près 10 ans, j’ai fait mumuse avec des calendriers, des écritures différentes, des conversions pour obtenir l’âge des persos sur différentes planètes qui n’avaient pas le même temps de rotation autour de leur soleil (je ne vous dis qu’une chose : c’est chiant pour l’auteur et incompréhensible pour le lecteur).

Donc voilà, qu’en pensez-vous ? Plutôt 0600 ST (standard time) 04/17/2482, plutôt 17 avril 2482 6h du matin, plutôt 17 Nivôse LXXXII (soyons fous ^^) ? Sachant que si j’invente un calendrier, ça n’aidera pas des masses le lecteur à comprendre le temps qui passe, car qui va lui dire que le mois de la tomate se passe trois mois avant le mois du fenouil ? Et comme je n’ai pas le luxe des extraits de l’autobiographie du Mage Bidule et que je ne me vois pas faire un « attention, voilà la minute science où je prends le lecteur pour un débile et lui montre que j’ai bien fait mon travail de recherche » à la manière d’un écrivain français de SF que nous ne citerons pas, je ne sais pas trop comment m’en sortir… L’ambiance n’est pas trop propice au perso qui va soudain se souvenir que le calendrier de cette planète commence par tel mois, est suivi de tel et tel mois, etc. en plein milieu de l’action.

Conclusion : je fais quoi ?

(et merci d’avoir suivi, il est tard et des fois, le soir, je pète un peu un câble et je fais ma fofolle, ce qui donne des articles de blog un peu… bizarres et allumés)

Quand on est obsessionnellement organisé…

Vanessa m’a gentiment proposé de partager ma méthode de travail il y a quelques mois, alors me voici. :-) J’écris en moyenne 1,5 roman par an et j’alterne littérature générale et fantasy. Je me plais et m’épanouis dans les deux genres. Est-ce qu’on peut trouver mes romans en librairie ? Pas encore. ;-) Je me suis éloignée du milieu éditorial pendant plusieurs années et pendant ce temps, j’ai continué d’écrire (c’est en forgeant, etc.). Beaucoup de choses ont changé depuis cette pause que je me suis imposée pour pouvoir me recentrer. Si je n’ai pas changé de genres d’histoire (mes romans, qu’ils soient contemporains ou fantasy, sont des romans psychologiques : j’exploite à fond les traumatismes et leurs conséquences : de l’agoraphobie à l’amnésie en passant par les troubles alimentaires ou du sommeil), ma plume s’est métamorphosée. Mais une chose n’a pas changé : je continue obsessionellement organisée. Je ne fais pas de plans ou de synopsis avant d’écrire une histoire mais elle ne partira pas dans tous les sens.

Je pars d’une intrigue simple et dès la première page d’un roman, mon héroïne est traumatisée. Mais avant de commencer à écrire, cette héroïne a déjà une vie. Je connais sa personnalité, comment elle réagit, ce qu’elle aime (ou pas), la musique qu’elle écoute. Je connais mes personnages quasiment par cœur. Même Clara (héroïne de mon roman Pour un jour volé au temps), amnésique, dont les réactions ne sont pas liées à sa personnalité mais à sa situation, a un historique précis.
Ensuite, lorsque j’écris, je note absolument tout. Au fur et à mesure que je développe mon histoire, je marque les moments importants et construis ma frise chronologique. De cette façon, je n’ai pas des incohérences qui apparaissent en cours de route. Rien que pour cette raison, je vénère Excel et bénis son inventeur jusqu’à la millième génération.
Pour Pour un jour volé au temps, la chronologie est au jour et à la semaine près. C’est pour cette raison que vous pouvez lire un mercredi 36 février ou vendredi 49 mai (non, ce n’est pas une erreur). Mais c’est le jour de la semaine avec le nombre de semaines passées depuis le « réveil (amnésique) » de Clara. La partie floue (tous les mots-clés) est une sorte de synopsis a posteriori. Si jamais j’ai besoin de présenter un synopsis à un éditeur, il est là, organisé, détaillé.


Ensuite, il y a le feuillet qui concerne les chapitres. J’ai besoin de savoir ce qui se passe dans chaque, qui sont les personnages (absolument tous, du principal à celui qui n’apparaît que dans une ligne).

En 1) le titre de chaque chapitre. Il faut savoir que mes chapitres n’ont jamais de titres sauf pour Clara.
2) Les sous-titres sont en réalité des extraits de mes propres poèmes, traduits pour l’occasion. Oui, la mégalomanie a fait un tour sur elle-même pour le coup. ;-)
3) Ce qu’on sait/découvre à propos de Carla. Elle est amnésique, elle est donc une toile totalement vierge. Le lecteur découvre qui elle est en même temps qu’elle. Ça va de son état, capacités intellectuelles, goûts alimentaires, la musique qu’elle écoute, les livres qu’elle lit…
4) Ce sont les personnages avec nom + âge + profession + lieu de naissance + lieu de résidence + description physique. Parce qu’il faut savoir, un personnage dont on ne connaît pas la couleur des yeux ou des cheveux, ça me frustre (dans mes lectures). Surtout quand je me fais une idée (genre brun aux yeux bleus) et en cours de route, l’auteur décide de dire qu’il est blond aux yeux marron. Ça me bloque, limite, je dois relire le livre pour mieux visualiser (et je déteste relire). Je ne veux pas provoquer cette même frustration chez mes lecteurs.
Le fichier Excel de Clara est un des plus simplifiés et réduits de tous mes documents. Là, tout de suite, je n’oserais pas montrer celui d’Au-delà des Océans. Ce sont deux cousines, l’une a vécu DEUX expériences traumatisantes, souffre de troubles du sommeil (insomnie, cauchemars) et est limite autiste ; l’autre, ce n’est pas tant un traumatisme, mais elle est bloquée dans le temps, devient boulimique et vit la vie comme si c’était un calvaire. Sans compter les 40 membres de la famille que je dois réduire.
Ça va être drôle, je le sens…
(Mais j’adore.)