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Discipline

Comme François l’a dit très justement dans un commentaire, je suis une grosse feignasse. Même si je suis crevée les trois quarts du temps, j’ai quand même dans la journée des moments où je pourrais écrire, et si je ne le fais pas, c’est clairement par fainéantise. Evidemment, je me trouve d’autres excuses : je n’arrive pas à me concentrer (ce qui est tout à fait vrai), je n’ai pas d’inspiration, ce que j’écris est nul, etc. etc.

Cela dit, mon roman ne va pas s’écrire tout seul, donc il va falloir que je trouve une solution. Apparemment, ma fatigue ne disparaîtra pas de sitôt, je vais devoir faire avec.

Dès demain, je m’impose une nouvelle discipline : écrire 1000 mots tous les jours. C’est un peu comme le NanoWriMo (1700 mots/jour pour le Nano si on veut atteindre le but de 50’000 mots en un mois en écrivant régulièrement, si ma mémoire est bonne), sauf que contrairement au Nano, je ne me fixe aucun but particulier, mais un nombre de mots à respecter chaque jour.

Même si j’écris 3000 mots un jour (on peut rêver, ceci dit, dans mes grands moments, j’étais capable de 15’000 mots par semaine), il faudra que j’écrive mes 1000 mots le jour suivant.

Je crois que c’est la seule solution pour avancer. Gaby, je te prends personnellement à témoin, et tu seras responsable de me botter les fesses à Nice si je n’ai pas respecté mon engagement. Lily, tu as la lourde tâche de me harceler si tu sens que je flanche.

Maintenant, il me faut une punition si je n’arrive pas à respecter cet engagement. Quelqu’un a une idée ? (bon, je vous préviens tout de suite, on va éviter les coups de fouet)

Méthode de travail – Vanessa

Après l’impressionnant article de Lily sur sa technique d’écriture, je vais vous parler de la mienne, très très différente. Les gens s’imaginent souvent que lorsque l’on écrit une longue saga comme les Enfants de l’Ô, on est très organisé, avec des listes partout, des fiches de personnages, une fresque chronologique très détaillée, des centaines de notes, etc. etc.

Ce qu’il faut savoir, c’est que je suis une personne extrêmement bordélique. Je me retrouve très bien dans mon désordre, mais il est vrai que j’aimerais parfois être plus organisée. Je travaille là-dessus, progressivement. J’ai même acheté un carnet spécial pour me faire des fiches de personnages et développer l’univers des Enfants de l’Ô. Pour l’instant, je n’y ai écrit qu’un truc, et qui n’est même pas important pour ce que j’écris actuellement.

L’histoire des Enfants de l’Ô a germé dans ma tête il y a de cela plus de dix ans (13, pour être exacte) et a tellement changé au fil du temps que seuls les personnages principaux (les jumeaux Tio et Tia Romavitch) sont restés, avec une minuscule partie de l’histoire. Il y a des avantages et des inconvénients à traîner une histoire sur si longtemps. On connaît parfaitement ses personnages, leur caractère, leur passé. Cela leur donne un certain réalisme. En revanche, on ne voit plus les défauts de son histoire (voir cet article), ce qui n’est pas bon du tout.

Je n’ai pas à proprement parler de méthode de travail. Je me mets devant mon écran ou devant ma feuille, et j’écris. J’ai, pour mon histoire, ce que j’appelle des « balises » : des passages obligés. Entre deux balises, je laisse l’histoire se développer toute seule. L’important, c’est d’arriver à la prochaine balise. Là encore, points positifs et points négatifs : l’histoire est dynamique, je ne m’ennuie pas en l’écrivant, mais elle a également tendance à prendre des proportions incroyables.

Certes, je pourrais cadrer mon histoire, écrire un plan détaillé, chapitre par chapitre, mais franchement, je préfère m’amuser un peu plus. Me retrouver à simplement lier des événements listés et parfaitement saucissonnés, cela ne me plaît pas. Pour moi, une grande partie de l’intérêt d’écrire réside dans le fait de découvrir l’histoire peu à peu.

Très souvent, lorsque je commence un chapitre, je ne sais qu’une partie de ce qui va s’y passer. L’autre partie arrive toute seule, quand je ne l’attends pas, et bien souvent, elle aboutit à de nouveaux développements de l’histoire, qui la rendent plus intéressante. Après un certain point, je suis obligée de faire des plans, par exemple lorsque l’histoire touche à sa fin. Mais je me connais : je prévois trois chapitres, je me retrouve avec trente.

Pour vous donner une petite idée, avant de réécrire ce qui est maintenant la première partie des Enfants de l’Ô, j’ai fait un plan détaillé, chapitre par chapitre. Actuellement, je me trouve, sur ce plan, au chapitre cinq… Les plans et moi, apparemment, ce n’est pas l’amour fou.

J’ai très souvent de nouvelles idées pour le roman quand je conduis, quand je suis dans la salle d’attente du médecin, juste avant de m’endormir, etc. etc. Du coup, je me balade toujours avec un petit calepin rempli de notes, que je ne relis jamais (d’où l’intérêt), puisque si l’idée est bonne, elle reste. J’ai également un dictaphone, parce que lorsqu’on se réveille à 3h du matin avec une idée géniale, on n’a pas forcément envie de remuer la pièce pour trouver une feuille et un stylo.

Cela dit, pour la correction en profondeur du roman, j’ai l’intention de poser quelques bases : une chronologie détaillée, des données bien étudiées sur le monde, son fonctionnement, des fiches pour les personnages secondaires (parce que j’ai l’air maligne quand je dois feuilleter mon bouquin pour retrouver comment s’appelle tel ou tel chercheur).

Mais bon, je vais quand même dévoiler quelques trucs, sinon cet article n’a pas tellement de sens. Avant de commencer un chapitre, je prends une feuille et j’y inscris les événements clés dudit chapitre, avec, à côté, une estimation du nombre de pages que prendra chaque événement. Le but étant d’arriver à garder des chapitres homogènes, pour éviter d’avoir un chapitre de 5 pages et un autre de 25. En général, mes chapitres font 6000 mots. J’avais commencé avec 5000, mais je me suis laissée dépasser. Les derniers chapitres d’une partie peuvent être plus longs. Cette contrainte m’aide à me cadrer, et vu le format que j’utilise (publication chapitre par chapitre sur internet), c’était presque indispensable.

Autre chose : je ne refuse rien aux personnages. Parfois, j’ai un développement bien arrêté pour un chapitre, et quand j’y place mes personnages, ils refusent tout net de suivre le chemin que j’ai créé pour eux. Alors je les laisse n’en faire qu’à leur tête, du moment que les balises sont respectées. L’histoire est plus intéressante à écrire pour moi, et surtout, je ne risque pas de tomber dans le OOC (out of character).

Voilà ! A vous !

Evolution

Aujourd’hui, j’ai pensé à mes pauvres lecteurs malheureux abandonnés dans leur coin, et au lieu de continuer mon chapitre 9-V, j’ai corrigé le chapitre 21-II pour publication sur le site. Comment dire… Je me suis arraché les cheveux ? Je me suis roulée par terre de désespoir ? J’ai hurlé à la mort pendant une demi-heure et mes voisins m’ont jeté des tomates ? Bref. Le temps passe vite, et je pense avoir pas mal évolué depuis l’écriture de ce chapitre. Je ne sais pas pourquoi il m’a marqué davantage que les chapitres précédents au niveau de la médiocrité du style, peut-être que j’étais particulièrement critique, ce soir, mais bon.

C’est incroyable les horreurs que j’ai retrouvées dans ce chapitre. La plus grosse : « Elle croisa les bras sur sa poitrine, une main sur l’épaule de Mikhail ». Oui, on ne le savait pas encore, mais Lyen, non contente d’avoir des yeux de chat, a également trois bras. La honte. Enfin, heureusement, je l’ai remarqué. Les phrases m’ont parues répétitives, toutes construites sur le même modèle, parfois construites de manière réellement biscornues. J’ai l’impression d’être une adepte de l’adage « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? » Et en effet. Pourquoi écrire « une robe faite spécialement pour elle » quand on peut écrire « une robe faite sur mesure », qui est exactement la même chose en plus simple ? Certaines phrases m’ont fait frémir d’horreur.

Je pense avoir rattrapé le coup pour la publication en ligne, mais il est clair que j’aurai un gros, un très très gros travail de correction à faire avant la publication papier.

C’est amusant de voir à quel point je fais attention maintenant à des lourdeurs de style que je n’aurais sans doute pas remarqué auparavant. C’est l’effet « une heure de relecture sur chaque chapitre de la première partie » qui se manifeste. Et j’ai bien écrit « relecture » et non « correction ». Car évidemment, j’envisage un peu plus (et c’est une euphémisme) d’une heure de correction par chapitre, vu le boulot…

Mais en même temps, ça me fait plaisir de voir que je remarque facilement mes erreurs et que je ne les commets plus dans mes écrits actuels. Je reste lucide, je suis sûre que dans deux ans, je serai horrifiée de mon niveau d’aujourd’hui et que je m’évanouirai de désespoir à la vue de ce que j’écrivais il y a quelques années.

L’écriture, c’est vraiment une évolution constante. On n’arrête jamais de s’améliorer, et on n’arrêtera jamais de s’arracher les cheveux en se relisant.

Ellipse

Actuellement, dans la rédaction du chapitre 9-V, je me trouve confrontée à un choix difficile : décrire une situation ou faire une ellipse. Les deux possibilités possèdent des avantages et des inconvénients. Du coup, je ne sais pas encore quoi choisir.
François m’a suggéré de faire une ellipse du procès du colonel Lewis, dans la première partie, car il pense, probablement à raison, que je n’arriverai pas à rendre celui-ci assez crédible. Je n’ai pas encore choisi ce que j’allais faire, il faudra que j’y réfléchisse plus amplement.
Cela dit, l’ellipse que j’envisage actuellement a des fondements différents. Je pense que je pourrais rendre la scène assez crédible, mais c’est une confrontation de plus, et j’en ai assez de décrire des confrontations. En outre, faire une ellipse peut faire planer le doute sur ce qui s’est réellement passé, et titiller l’imagination du lecteur.
Décrire la scène permet, en revanche, de mettre en relief les sentiments et les émotions des personnages lors d’une situation donnée, donc de renforcer le caractère et le réalisme des dits personnages.
Je vais forcément choisir une des deux possibilités, mais ça m’intéresserait de savoir comment vous gérez ce genre de situations, quand et pourquoi vous utilisez les ellipses, si vous êtes plutôt pour ou contre ce procédé littéraire (pour peu qu’on puisse être pour ou contre un procédé littéraire…).
A vous !

La semaine prochaine, dans notre nouvelle série géométrique, ne manquez pas le carré ! *j’ai honte, mais je n’ai pas pu résister…*

Quand vos personnages se rebellent.

J’écrirais bientôt un article sur ma propre méthode d’écriture, qui est radicalement différente de celle de Lily, mais pour le moment, je vais simplement vous parler de la rébellion des personnages.

Je suis sûre qu’il vous est déjà arrivé de créer un personnage, de définir son caractère, les gens qu’il devait aimer, ceux qu’il devait détester, et de vous rendre compte au milieu de l’histoire que votre personnage a pris vie et qu’il n’est absolument pas d’accord de se cantonner au rôle que vous aviez si bien préparé pour lui. Que ce soit un personnage secondaire qui fasse un « putsch politique » pour parvenir au premier plan, que ce soit l’héroïne un peu nigaude qui décide soudain de s’émanciper et de se la jouer Erin Brockovitch,
ou encore deux amants destinés l’un à l’autre qui préfèrent aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte et le ciel plus bleu, ils ont pris vie et vous ont « échappé ».

J’ai face à ce phénomène une attitude assez positive : mes personnages sont si « réels » qu’ils ont leur propre vie. S’ils refusent de faire ce que je leur dis, c’est mon erreur, pas la leur. Têtus, bornés, bien décidés à me casser les pieds, mes personnages me mènent à la baguette. S’ils ne sont pas contents d’une scène, ils savent bien se manifester pour me forcer à revenir dans le droit chemin : le leur.

(bon, je l’admets, j’ai l’air d’une parfaite petite schizophrène, dans cet article.)

Tout à l’heure, en pleine écriture du chapitre 9-V, je travaillais sur une scène que j’avais bien préparée, explorée, prévue sous tous les angles, etc. Même si je n’ai pas écrit pendant près d’une année, ça ne veut pas dire que je n’ai pas pensé à mon histoire, donc cette scène, je la connaissais bien, depuis longtemps. Seulement voilà, depuis le début de la matinée, je procrastine, je tourne en rond, je regarde des conneries à la télé, tout ça pour ne pas me mettre à l’écriture de « la scène fatidique ». Ça m’énerve, vu que je connais parfaitement cette scène et que je n’ai, finalement, qu’à la décrire en tant que bonne spectatrice. Je me mets enfin à l’écriture de la scène, et en plein milieu, boum !, changement de cap. Mon personnage a décidé de ne pas être la cruche débile qui se laisse faire (non, je ne parle pas de Ludméa, mauvaises langues !) et de montrer qu’elle aussi, elle a du caractère, et qu’elle ne va quand même pas se laisser marcher sur les pieds.

Résultat : une scène qui n’a rien à voir avec ce que j’avais prévu, mais qui est bien plus dans le style de mon personnage que celle que j’avais en tête au départ. Maintenant, une fois le point final écrit, je me dis qu’elle est beaucoup mieux comme ça, et je remercie mon personnage d’avoir tiré la sonnette d’alarme : « alerte, scène OOC ! »

Le terme OOC est surtout utilisé dans les fanfictions et signifie « out of character », mais j’aime l’employer aussi ailleurs. Mon but, dans les Enfants de l’Ô, c’est d’explorer les relations entre personnages (et aussi d’écrire une histoire, évidemment), et rien de tel que des scènes complètement OOC pour briser le réalisme.

Un compliment qui revient souvent sur mon roman, c’est : « Tes personnages sont tellement réalistes qu’on n’a pas l’impression qu’ils sont juste des héros de roman ». Et c’est peut-être justement en leur lâchant la bride que j’arrive à cultiver ce réalisme.

Et vous ? Des rébellions dans les rangs ? Une mutinerie en vue ? Vos personnages vous ont-ils, vous aussi, réduits en esclavage ?

Méthode de travail – Lily

*Un peu intidimidée* Bonjour à tous, je suis Lily, une amie de Ness depuis… quelques années maintenant et elle m’a demandé de faire un post sur ma méthode d’écriture. Il faut savoir que j’écris peu, difficilement et mal, mais que j’en ai vraiment besoin. C’est pour ça que j’ai une méthode très élaborée, vous allez vous en apercevoir.

Ness a toujours été très intriguée par ma méthode d’écriture. Probablement parce qu’elle est l’exacte inverse de la sienne. Je préfère raconter des histoires à écrire, j’aime faire vivre des personnages et je déteste passer du temps à chercher des mots. Donc je planifie. Il faut que tout soit parfaitement organisé pour que je me sente à l’aise dans l’écriture.

Je vais d’abord faire une liste des scènes que je veux voir. Suivant la taille du projet, ça va faire entre 2 et 4 feuilles doubles manuscrites. Voici le genre de choses que ça peut donner :

Une liste de scènes

(*petite note de Ness : pour voir les images en plus grand, clic droit et « ouvrir dans une nouvelle fenêtre »*)

Puis je les ordonne à peu près et je découpe mon histoire en parties.

Sur papier :

Coupure des tomes sur papier

Ou sur ordinateur :

Coupure des tomes sur ordinateur

Ensuite, je reprends intégralement ma liste et je répartis mes scènes dans les différentes parties. Ça me prend en général quelques semaines, et c’est en perpétuelle évolution. J’ai testé différentes techniques pour ordonner mes scènes : des post-it que je colle sur des pages différentes suivant les parties (je crois que c’est surtout ça qui avait étonné Ness), des feuilles où j’écris au stylo-plume et où j’efface, et plus récemment, directement dans un énorme fichier Excel.

Rangement des scènes avec des Post-It

Ensuite, je planifie mes personnages. Je fais des fiches, un peu comme en jeu de rôle, avec des informations diverses et variées (nom, surnoms, âge, apparence, caractère, aime/n’aime pas, pouvoir…), qui me font en général me demander comment tel ou tel personnage réagirait face à telle ou telle situation. Je vais ensuite généralement créer un Sim (dans les Sims 2, donc) pour finaliser l’apparence du personnage et pour mieux me l’imaginer. Je ne le fais pas toujours, mais assez souvent, surtout pour des personnages que j’ai du mal à cerner. Je vais aussi créer des schémas de relations entre les personnages. D’abord à la main, puis, quand ils sont assez aboutis, sur ordinateur.

Schéma de relations entre les personnages

Fiches (simplifiées) de personnages

Les noms de mes personnages sont aussi le sujet de moult recherches. Surtout dans À titre posthume, puisque rien que mes personnages principaux viennent de 3 pays différents (France, Irlande et Japon). Je peux passer des heures à m’arracher les cheveux sur un prénom, et il arrive que j’en change parce qu’ils me bloquent (Meg s’appelait avant Mei, et encore avant Annie, par exemple). Les prénoms que je choisis ont en général des significations correspondantes au personnage (je pense à un prénom en particulier qui, si on en cherche la signification, peut donner de très grands indices sur la suite de l’histoire), mais le plus souvent, c’est surtout une histoire d’origine et de sonorité.

Ensuite, je vais me créer une playlist qui corresponde à l’histoire, soit avec des chansons liées à des événements précis (Good enough d’Evanescence pour la fin de ma première partie par exemple), à des personnages (Love in Snow de Ueda Tatsuya pour Shin…) ou à l’histoire en général (Numb (piano version) de Linkin Park…). Ces chansons m’aident à me mettre dans l’ambiance pour écrire ou imaginer des scènes, et je vais les écouter en boucle. J’essaie aussi d’imaginer quelles musiques mes personnages écoutent, il me faut vraiment un fond sonore quand j’écris. Je vais parfois même jusqu’à écrire des chansons spécialement pour mes histoires.

Quelques chansons importantes dans À titre posthume

Je vais également beaucoup (et mal) dessiner : des bâtiments, des personnages, des scènes, des logos, des vêtements…

Le titre À titre posthume est le fruit d’un long brainstorming, qui a vu être refusés Baile Atha Cliath, Le secret du talisman, Manon… Je mentionne ça, parce que j’essayerai de faire un article sur la mise en place d’un brainstorming tel qu’elle se fait en agence de communication.

Dans cette entrée, j’ai souvent dit « ensuite », mais en fait, je fais tout en même temps : création des personnages, découpage des parties, playlist… J’espère que cette entrée a pu vous donner des idées et que vous ne me trouvez pas aussi bizarre que Ness !

Satané chapitre 8 (ou l’écriture d’un chapitre charnière)

Dans ma dernière entrée avant les deux sondages (d’ailleurs, c’est Alexandryane qui l’a emporté, désolée pour les fans d’Alexandrine et pour le fan unique d’Alexandrina), je disais avoir enfin repris l’écriture, après de très très longs mois sans la moindre ligne, à cause de mes problèmes de concentration. Il y avait également une autre raison : le chapitre dont j’avais commencé la rédaction n’était peut-être pas le chapitre le plus facile à écrire.

En effet, il s’agit de ce que j’appelle un chapitre charnière, c’est-à-dire un chapitre qui regroupe une bonne partie des personnages du roman et qui s’axe sur un événement pas forcément inattendu de l’histoire, mais qui marque clairement la fin de quelque chose et le début de quelque chose d’autre, pour plusieurs des personnages (dans mon cas : pour tous).

Ma première difficulté : quel point de vue privilégier, vu que mes personnages ont tous leur importance, et que je n’ai donc pas de raison d’en choisir un plutôt que l’autre ? Seconde difficulté : gérer tous ses personnages en même temps, sans que ça ne devienne un véritable fouillis. Troisième difficulté, et inhérente à mon roman en particulier : gérer des personnages qui ont le même prénom (bon, vous me direz, je n’avais qu’à être un peu plus imaginative)…
Comment faire ?

Lily me parlait avant-hier de son problème pour un dialogue qui impliquait deux hommes, et me demandait si je connaissais un autre moyen que « le blond » et « le brun » pour différencier les personnages (nous avons d’ailleurs déliré sur un texte qui mentionnait « le mordoré », sans nous rappeler d’où nous sortions ça, mais ça illustre bien le ridicule de cette méthode, à mon avis). Il y a évidemment « l’homme », mais quand ce sont deux hommes, ça le fait moyen. « le grand », « le petit », « le gros », « le maigre », « le bossu avec un oeil torve » ne sont pas terribles non plus pour faire comprendre au lecteur de qui il s’agit. Personnellement, si je lis un texte où l’auteur mentionne son personnage en l’appelant « le gros », j’aurais tendance à tiquer. Dans les autres moyens, nous trouvons quelque chose que j’utilisais beaucoup il y a quelques années et que j’essaie d’éviter aujourd’hui : « l’autre ». Moi, ça ne me choquait pas, mais ça choquait les lecteurs. Et je me suis dit que la personne qui avait utilisé « le mordoré » dans son texte n’avait pas dû être choquée non plus. Ça m’a décidé à éviter d’utiliser cette méthode.

Alors que faire ? Bon, déjà, vos personnages ont un prénom, ça peut être utile de s’en servir (s’ils ont le même prénom, c’est râpé). Pas trop souvent non plus, et rappelez-vous qu’à part dans les séries américaines débiles genre « Top model » (désolée pour les fans, s’il y en a), les gens ne sont pas toujours en train de s’interpeler par leur prénom quand ils discutent à deux, l’un en face de l’autre, seuls dans une même pièce.

- Oh, Charles, je suis si heureux de te voir ! s’écria Marc-Henri.

-Moi aussi, Marc-Henri, si tu savais ! lui répondit Charles avec fougue.

Le mordoré se leva pour saluer le châtain-clair-avec-des-reflets-ocre-sombre, tandis que l’autre lui ouvrait ses bras.

Evidemment, c’est ridicule, mais ça illustre bien mes propos. Donc, les prénoms, oui, mais il ne faut pas en abuser.
Rien ne vous empêche également de différencier vos personnages par leur manière de parler (sans tomber dans la caricature, et puis, on n’est pas dans Bienvenue chez les Cht’is).
Et le lecteur n’est pas non plus une nouille, il peut aussi identifier les personnages d’après le contenu de leurs dialogues ou vos descriptions. Si vous avez un personnage marié et un autre qui ne l’est pas, celui qui triturera machinalement son alliance est forcément le premier (à moins que votre perso marié ne porte pas d’alliance et que l’autre, qui n’est pas marié, en porte une pour faire croire qu’il l’est, mais après, ça devient un peu trop compliqué…). Si un de vos deux persos est assis sur une chaise pendant que l’autre est debout, celui qui va croiser et décroiser les jambes est le premier. Pas la peine donc de repréciser de qui il s’agit.

Je ne vais pas me la jouer plus longtemps « grand maître sioux », mais ça m’intéresserait d’avoir vos méthodes !

Après, si vous êtes suicidaire, vous pouvez écrire un chapitre avec deux personnages se ressemblant beaucoup physiquement, portant le même prénom, aimant le même autre personnage, étant habillés quasiment pareil, ayant plus ou moins le même âge, etc. etc. Oui, je sais, j’aime la complexité.

Pour le point de vue, j’ai résolu mon problème en choisissant un point de vue « tournant ». Perso 1, perso 2, perso 3, perso 4, perso 4, perso 3, perso 2, perso 1. Je trouvais ça plus original que de reprendre à « perso 1″ juste après « perso 4″. J’aurais aussi pu faire perso 1, perso 2, perso 3, perso 4, perso 5, perso 6, perso 7 et perso 8, mais je ne sais pas, j’ai eu pitié de mes lecteurs. C’était déjà assez compliqué avec quatre personnages. L’avantage, avec ce genre de point de vue, c’est qu’on peut utiliser deux méthodes :

  1. La méthode qui consiste à reprendre la même scène, vue de plusieurs points de vue différents, avec à chaque fois des éclairages nouveaux qui y sont apportés. D’ailleurs, on peut aussi se retrouver avec une même scène, qui aura l’air complètement différente à cause de l’interprétation du personnage dont on a pris le point de vue.
  2. La méthode qui consiste à faire avancer l’histoire, en profitant des points de vue tournant pour montrer ce qui se passe ailleurs. L’avantage, c’est qu’on a une vue d’ensemble, que l’histoire avance, et qu’on a également les interprétations des personnages.

Pour mon chapitre 8, j’ai utilisé la deuxième méthode, qui me plaisait plus, parce que mes personnages étaient séparés en petits groupes et que ça permettait au lecteur de voir davantage de choses.

Mais franchement, l’écriture d’un tel chapitre est difficile, parce qu’il faut veiller à ne pas perdre le lecteur dans les méandres des points de vue, des noms des personnages tous plus ou moins identiques, des relations entre les personnages, des liens entre les personnages (familiaux, par exemple), tout en faisant avancer l’histoire.

J’ai pratiquement terminé la rédaction de ce chapitre, mais je dois avouer qu’il m’a très longtemps fait peur. Je craignais vraiment de le rater, étant donné son importance pour l’ensemble du roman. Ce qui me bloquait, c’était clairement l’histoire des points de vue. A partir du moment où ce point a été résolu, je ne vais pas dire que le chapitre s’est écrit tout seul, mais ça a été beaucoup mieux.

Et vous ? Comment gérez-vous ce genre de choses ?