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Six conseils pour écrire de la science-fiction…

Ou pas. Analysons un peu cet article :

Ce que veulent les lecteurs de science fiction, c’est avant tout être surpris.

Ce qui est original, car les lecteurs de fantasy, de fantastique, de littérature générale, de thrillers, eux, ce qu’ils veulent, c’est s’ennuyer comme un rat mort pendant tout le bouquin. Ça commence bien.

La fantasy s’intéresse au passé et au magique. Tandis que la science fiction s’intéresse à la technologie, ses promesses et ses problèmes. N’oubliez pas que les lecteurs sont exigeants. S’ils pensent que vous ne maîtrisez pas le genre, ils ne dépasseront pas le premier chapitre…

Assez réducteur pour la fantasy, tout de même. J’espère que l’auteur de ces conseils maîtrisait la SF mieux que la fantasy ou l’image qu’il en a. Et puis d’abord, c’est quoi, « maîtriser le genre » ? Dès le départ, faut-il noyer le lecteur avec des termes techniques et du jargon scientifique pour faire style « attention, ici, c’est de la SF, t’as vu, lecteur ? Premier chapitre, et j’ai déjà balancé deux lois de physique, un nom de Nobel, un ustensile avec un nom à la mords-moi-le-noeud, je maîtrise le genre !!! ».

En matière de récit de science fiction, l’idée est plus importante que l’intrigue ou même les personnages. En effet, ces derniers existent surtout pour aider à rendre l’idée plus dramatique. Quant à l’intrigue, elle sert à propulser le lecteur dans l’histoire construite autour de l’idée centrale.

Chers écrivains de SF : pas la peine de vous embêter à créer des persos cohérents et approfondis, les lecteurs de SF sont des veaux qui sont juste bons à avaler de l’intrigue, faudrait pas en plus de tout ça leur donner des persos auxquels ils peuvent s’identifier. Compris, Herbert ? Tes persos, ça servait à rien de les développer, les lecteurs s’en foutaient, c’est pas pour ça qu’ils ont aimé Dune.
Et puis c’est pas pour dire, mais « l’idée est plus importante que l’intrigue ». Je veux bien, mais… Tout a déjà été fait ! Il faut quand même se concentrer un peu sur l’intrigue si on veut attirer le lecteur !

Votre idée centrale doit comporter un conflit qui demande à être résolu. L’expression de votre idée doit ainsi pouvoir commencer par : « que se passerait-il si … ?

Ou alors, vous pouvez aussi faire complètement autre chose et écrire quand même un très bon roman. Un de mes romans de SF préférés, c’est Rendez-vous avec Rama, d’Arthur C. Clarke. Je n’ai pas vraiment eu l’impression qu’il y avait un conflit. Mon roman fétiche ? La nuit des temps, de Barjavel. C’est marrant, j’ai pas eu l’impression qu’il y avait un conflit non plus. J’ai plutôt eu l’impression qu’à travers des personnages fouillés, Barjavel nous faisait découvrir un univers.

Vous devez considérer votre lecteur non pas comme votre allié, mais comme votre adversaire. Ne lui montrez pas votre jeu trop tôt. Et sachez que si votre récit est un jeu avec votre lecteur, ce dernier ne sera réellement satisfait que s’il perd…

Donc s’il ferme le bouquin et se dit, dépité « franchement, ce bouquin, j’ai rien compris du tout, l’auteur allait dans un sens, pour finir complètement à côté », c’est un succès ?

Ces conseils, même si je les trouve un peu « fourre-tout » et atrocement réducteurs, sont tout de même meilleurs que ceux sur « écrire son premier roman« . Cela dit, la SF, ce n’est pas que ça, et heureusement. (ou alors ce n’est que ça et tout ce que j’ai lu jusqu’à maintenant était mal étiqueté ?)

Mes conseils à moi (conseils d’une auteur non publiée qui a choisi de s’enterrer dans son trou avec sa saga familiale de SF, qui renverse tous les critères de la SF nommés ci-dessus) :

Ce que veulent les lecteurs de SF, c’est ce que veulent tous les lecteurs : être pris dans une histoire, vivre un moment « hors du temps », changer d’air. Méritent-ils des personnages en carton-pâte vides de toute personnalité ? Des personnages dont, à part le prénom et peut-être l’âge et la couleur des cheveux, on ne sait rien ? Des personnages qui ne sont que l’excuse pour faire découvrir un univers ? Je ne sais pas. Je pense qu’on peut aussi faire découvrir un univers en ayant des personnages fouillés, cohérents, réalistes. D’ailleurs, Herbert est un très bon exemple : il a créé l’univers de Dune, mais on n’a pas l’impression que les personnages ne sont là que pour nous y balader. On s’attache à eux, on en vient à comprendre leurs actions, à se poser des questions sur leurs motivations.

Maintenant, je vais vous dire ce que moi j’ai fait (comme je l’ai précisé, je ne suis pas publiée, et j’ai fait un truc bien spécifique, assez osé, mais qui a trouvé son public) : ceux qui me connaissent un peu savent que j’ai une formation scientifique (master en biologie, avec pour spécialité la génétique du développement, et plus précisément la formation de la main chez la souris et les gènes impliqués dans la polydactylie. Pourquoi je précise tout ça ? Vous allez voir). Je suis passionnée d’informatique, de psychologie, de médecine, et de génétique aussi, évidemment. J’aurais pu créer un monde décrivant les dérives de la génétique, mais on ne va pas dire que c’est l’idée qui révolutionnera le genre. J’aime beaucoup la science-fiction, mais seulement celle de type hard science, du genre de Michael Crichton, Arthur C. Clarke ou Carl Sagan. Ce que je regrette dans la SF en général (et je dis bien en général), c’est justement qu’on a l’impression que l’auteur n’a écrit un roman que pour présenter son univers ou son idée. Or, moi, l’univers, je m’en tape. Ce que j’ai envie de voir, ce sont les personnages. Leurs réactions. Leurs émotions. Leur implication par rapport à ça.
J’aimais aussi beaucoup les romans plus psychologiques, voire parfois un peu romancés, d’ailleurs ceux qui ont lu l’entrée sur les futures couvs de mes bouquins ont pu voir que j’étais une fan de Virginia Andrews.
Mon idée ? Virginia Andrews et Michael Crichton font un gosse. (attention, je parle juste de la thématique, je ne prétends pas avoir leur talent, paix à leur âme) Une saga familiale, donc quelque chose qui est normalement réservé à la littérature générale, dans un monde qui n’a rien de bien original, mais qui traite de thèmes bien tangibles. Du coup, je suis heureuse, j’ai tout ce qu’il me faut :

– des persos bien soignés, bien fouillés (peut-être trop, diront certains), très réalistes malgré leurs particularités. Ok, ce sont les produits d’expériences génétiques visant l’amélioration de l’espèce humaine, des sortes de soldats parfaits, sauf que… Ce sont des êtres humains. Avec leurs failles et tout le reste. Et c’est pas parce que vous avez créé le gars parfait, brillant, charismatique, qui doit révolutionner le monde de l’informatique, que vous n’allez pas vous retrouver avec une pauvre tache qui déteste les gens et qui passe son temps devant la télé à bouffer des chips et à se plaindre de tout.

– de la génétique. Ben oui, embryons génétiquement modifiés, tout ça… Et puis je me suis fait plaisir, j’ai mis de la polydactylie, et là, j’avoue, c’était juste parce que j’avais envie (mais bon, je maîtrise le sujet, donc ça va bien, ça fait au moins un critère de rempli)

– de la psychologie. Faut dire que mes persos, il y en a plusieurs, ils ne sont pas complètement tout seuls dans leur tête, hein. Avec leur passé, forcément…

– de la médecine, de la science. Le Laboratoire, les DMRS, plus tard le Centre Hospitalier Alphien (5e tome et suivants).

– de l’informatique, avec Z’arkán, la Cort Corporation, et tous les risques liés à la centralisation de l’information et au monopole de Google d’une seule entreprise dans un domaine bien particulier.

Résultat ? Ce n’est certainement pas un bouquin qui rentrera dans les annales pour l’originalité de sa thématique, pour la richesse de son univers, pour l' »idée », mais je pense que c’est une saga qui peut plaire à beaucoup de gens, notamment à tous ceux qui fuient la SF à cause de ses persos carton-pâte et de sa ligne d’arrivée qui est « l’idée, l’idée, l’idée avant tout !!! Prends-toi ça dans la gueule, lecteur, je te balance encore un ou deux termes scientifiques pour que tu comprennes bien que je maîtrise le genre, je te fais tourner en bourrique pour que tu aies l’impression que je suis le maître du jeu ».

Sérieusement, il y a des gens qui n’aiment pas (ou disent ne pas aimer) la SF à cause de ça, alors que la SF, ce n’est pas que ça. Mais c’est clair que si un lecteur ne s’attache pas du tout à un personnage, pour peu qu’il apprécie de s’identifier à quelqu’un dans les romans qu’il lit, il va être déçu. Et il y a des gens qui ne lisent pas de SF parce qu’ils pensent que ça va être comme ça.

Je pense que catégoriser les genres avec des concepts, c’est un peu dommage. J’aimerais bien voir leurs conseils pour la fantasy, tiens :

– des dragons.
– des persos avec des noms à coucher dehors.
– de la magie à qui mieux mieux et rien n’est expliqué parce que TGCM (« ta gueule c’est magique »)
– des nains et des elfes.
– une quête.
– un univers dont on gave le lecteur dès la première ligne avec un prologue en italique qui parle des Dieux ou des Mages, ou autre.

Ah, ce n’est pas que ça ? Si j’avais su, j’aurais peut-être lu plus de fantasy, alors…

Le fantastique ? Allons-y :

– un vampire ou un loup-garou.
– tout se passe la nuit ou dans des endroits bien sombres.
– une vierge effarouchée (ou presque).
– une histoire d’amour impossible.
– des persos âgés de plusieurs siècles.

Mon impression sur la fantasy ? Ce sera une quête, dans un univers riche et fourni que l’auteur a mis des mois à créer, d’ailleurs il tient à ce qu’on le sache. Le fantastique ? Une histoire d’amour entre une jeune innocente et un vampire qui a l’air très méchant mais au fond c’est juste qu’il est incompris.

Voilà le problème des stéréotypes. Quand on parle science-fiction, pour peu qu’on n’aille pas interroger des amateurs du genre, on va avoir :

– des vaisseaux-spatiaux.
– des planètes inconnues avec plein de lunes et des anneaux.
– des extra-terrestres avec des noms imprononçables.
– des batailles dans l’espace.
– des gentils et des méchants. Les méchants, c’est toujours la grosse fédération des gros richtos qui oppressent les pauvres gentils (rebelles, d’ailleurs, sinon c’est pas drôle).

Je pense que se cantonner à des idées précises pour qu’une histoire rentre dans un moule, c’est un peu néfaste. Pour moi, la science-fiction, c’est :

– un roman qui parle de science et qui est une fiction.

Et voilà. Pas la peine d’aller chercher plus loin.

Les éditeurs, à mon avis, entretiennent aussi ces stéréotypes. Vous savez ce qu’on m’a dit pour mon bouquin ? « Ce n’est pas de la SF, proposez-le à une maison d’édition de littérature générale » Pourquoi ? Ben ça parle surtout de personnages, et l’univers est au second plan (ou alors c’est à chier et il n’a pas voulu me faire de peine).

Dès qu’on sort des sentiers battus, on se retrouve acculé dans un coin, on est la vis en trop du petit sachet plastique IKEA que quand on a fini de monter le meuble, on la regarde, on regarde le mode d’emploi, on se gratte la tête, et on se dit « bon, ben… celle-là, apparemment, elle servait à rien ».

Je comprends très bien l’intérêt de créer des collections, mais résultat des courses, un amateur de littérature générale n’ira pas traîner dans le rayon fantasy alors qu’il pourrait y découvrir des romans qu’il adorerait, un fan de science-fiction n’ira pas chercher du côté de la littérature fantastique parce que les vampires ne l’intéressent pas. Au lieu d’essayer de toucher un public plus vaste, on veut satisfaire le public actuel. (et on donne des conseils à la con pour être sûr que les futurs écrivains ne s’écartent pas non plus des sentiers battus)

12 conseils pour écrire votre premier roman…

Vraiment ? C’est ce que laisse entendre cet article du site enviedecrire.com : 12 conseils pour écrire votre premier roman.

Amusons-nous un peu…

Il est très rare – et c’est un euphémisme – qu’un nouvel écrivain reçoive une avance de 200 000 € pour un premier roman. Plutôt que de compter sur un miracle de ce type, gardez raison. Ne quittez pas votre emploi si vous en avez un. Vous en aurez besoin pour payer les factures, le temps de finir votre livre – ce qui peut prendre un, deux ou trois ans. Quant à l’avance que vous recevrez, utilisez-la pour embaucher un correcteur ou quelqu’un qui vous aidera à faire vos recherches.

Très rare, vraiment ? J’aimerais savoir si c’est déjà arrivé en France, ne serait-ce qu’une fois. Il me semble que les auteurs les plus « prisés » touchent une avance de quelques dizaines de milliers d’euros, mais on est loin des 200 000€. Déjà, première chose : si en tant que primo-romancier, vous avez la chance de voir votre manuscrit accepté par un éditeur (ce qui est déjà très rare, et ça aussi c’est une euphémisme), si vous lui parlez d’à-valoir (oui, il y a un terme en français bien spécifique, autant l’utiliser), il va vous rire au nez. Ou alors il vous donnera gracieusement 150€.
Deuxièmement, si vous êtes assez stupide pour quitter votre emploi parce que vous avez écrit un roman et sans même savoir s’il sera publié, laissez tomber tout de suite, ce n’est même pas la peine d’envoyer le roman. Essayez de sortir de votre bulle et de regarder autour de vous, on n’est pas au pays des bisounours. Très peu (et vraiment trèèèèès peu) d’écrivains français vivent de leur plume. Faut pas croire, pour un premier roman, vous serez déjà bien content d’avoir touché 2000€. Certes, si vous vivez en Thaïlande, il y a moyen de laisser tomber votre job et de vivre, mais on parle de la France, là. Un tirage de 1000 exemplaires, pour un auteur qui publie pour la première fois, c’est déjà quelque chose de rare. Si vous en avez vendu 3000, on va vous dire que vous avez fait d’excellentes ventes. Les romanciers qui vivent de leurs plumes vendent plusieurs dizaines de milliers de romans chaque année. Il y en a peu.

Troisièmement, réfléchissez deux minutes (c’est valable aussi pour vous, chers gens du site enviedecrire.com, traduire des trucs sans voir si c’est adapté à votre public-cible, c’est pas très malin. Ce qui me fait penser que j’avais bien envie de sortir un guide sur comment trouver du travail en 1870, ça peut valoir la peine, il y a sans doute plein de bons conseils à donner aux chômeurs d’aujourd’hui). Si vous êtes publié, et que par miracle (on parle bien d’un miracle) vous avez touché un à-valoir… vous n’avez pas besoin d’engager un correcteur. C’est votre éditeur qui se chargera de faire corriger votre roman. Pourquoi pas garder votre « avance » pour payer le papier, l’encre, ou encore l’illustration de couv, voire le maquettiste qui va mettre en page votre oeuvre ? Les gens, on parle d’édition à compte d’éditeur (un compte d’auteur ne vous donne pas une avance, il vous prend votre fric, c’est pas pareil), vous n’avez rien à payer. Si vous avez reçu une avance, ce sera 50€, profitez-en pour faire une bonne bouffe avec le conjoint que vous avez délaissé (on y vient).

Votre roman doit devenir une véritable obsession. Vous ne devez penser qu’à votre livre, rien qu’à votre livre, juste à votre livre – sans pour autant négliger votre vie en dehors de l’écriture. Si vous manquez de discipline, rejoignez un atelier : il vous donnera un cadre, vous forcera à vous fixer des échéances régulières.

Ça tombe bien, vous n’avez rien d’autre à faire de vos journées. On rappellera ici qu’en tant qu’auteur plein d’espoir, vous avez quitté votre emploi et vous vous êtes exilé au fond de la brousse. Là aussi, il faut recadrer les choses. Si vous écrivez un bouquin, veillez à ne PAS penser qu’à votre livre. Pensez à vos amis, et pas juste pour les bassiner avec votre futur Goncourt. Pensez à votre conjoint, et pas pour ne lui parler que de votre histoire. Si vous avez un job, faites votre job. L’écriture du bouquin, c’est sur le temps libre, pas sur le temps de travail. (Mais c’est vrai, nous sommes en 1870, c’est très très simple de retrouver du boulot, il suffit de faire du porte à porte.) Si vous ne pensez qu’à votre livre, c’est la meilleure manière de faire une dépression. Parce que soyons réaliste, votre bouquin, personne ne le voudra. Pourquoi ça ? C’est un premier roman. Vous n’avez jamais rien écrit avant, c’est comme pour tout, il faut apprendre. Ça m’étonnerait que le premier gribouillage de Léonard de Vinci ait défrayé la chronique et lui ait valu une « avance » de l’équivalent de 200 000€. Si vous vous coupez du monde, si rien d’autre ne compte que votre roman, vous allez déchanter.

De nos jours, il est quasiment impossible de vendre un recueil de nouvelles à un (gros) éditeur, a fortiori quand on débute dans le métier. Mieux vaut privilégier la forme romanesque, plus longue, mais plus facilement vendable. Si vous êtes attaché à l’une de vos nouvelles, vous pouvez par exemple essayer de l’étoffer pour en faire un roman.

Faux, faux, et archi faux. Si vous débutez, écrivez des nouvelles. Vous allez voir, ce n’est pas si simple. Suivez les appels à textes, envoyez vos nouvelles, vous pourrez avoir de bonnes surprises, qu’il s’agisse d’une acceptation (ça arrive, même la première fois, contrairement à un roman), ou d’un refus argumenté qui vous fera faire des progrès. Après avoir publié quelques nouvelles dans des magazines ou recueils, vous aurez fait vos preuves, et un éditeur regardera d’un meilleur oeil votre roman (ou votre recueil de nouvelles). Une nouvelle, c’est 10, 20 pages. Vous vous plantez lamentablement ? Ok, au moins, ce n’était que sur 10 ou 20 pages. Pas sur 500.

Il est rare qu’un éditeur achète un manuscrit si celui-ci n’a pas été écrit entièrement. C’est encore plus vrai, bien évidemment, quand il s’agit d’un auteur inconnu, qui cherche à faire publier son premier roman.

Aucun éditeur ne va signer (à plus forte raison acheter) un manuscrit incomplet, à moins que vous en soyez à votre 3e best-seller (là, vous aurez aussi un bel à-valoir en prime). Ce n’est pas rare, c’est impossible. Aux USA, les éditeurs peuvent s’intéresser à des synopsis, donc pourquoi pas, mais je rappellerai à tout hasard que nous sommes en France.

Le meilleur moyen de se rendre compte si son livre peut plaire au public, c’est de le faire lire à ce même public. Soyez ouvert aux suggestions qu’on peut vous faire. Attention, cela ne signifie pas pour autant qu’il faut toutes les accepter. Retenez celles que vous jugez pertinentes et faites les corrections en conséquence.

C’est quoi une critique non pertinente ? Une critique qui ne vous fait pas plaisir ? Comment savoir si la critique est pertinente ou non ? Certes, si vous avez un gulu qui vous sort : « j’ai tro kiffé ton bouquin, tro d’la balle, c’es d’la bonbe, zy-va, fonce, le goncour c’es pour toi c’es sur ! », remettez son jugement en question. Mais on peut avoir tendance, en tant que jeune romancier, à remettre en doute les critiques négatives. C’est très très dur, quand on débute, de savoir ce qui est à garder et ce qui est à jeter. Il y a quinze ans, par exemple, j’aurais rejeté en bloc beaucoup de critiques que j’estime aujourd’hui très utiles et constructives.
Un conseil bien plus pertinent ? Faites lire votre manuscrit, mais pas à votre entourage. Votre maman ou votre conjoint(e) aura peur de vous blesser, et son jugement ne sera pas objectif, puisqu’il s’agit de quelqu’un qui a de l’affection, peut-être même de l’admiration pour vous. Vous vous rappelez le dessin hideux que vous rameniez à la maison à la sortie de l’école lorsque vous étiez en 2e maternelle ? Votre maman qui écarquillait les yeux et qui vous complimentait ? Ben là, c’est pareil.

Si jamais vous avez peur que votre livre soit trop controversé, ou qu’il pourrait vous apporter des ennuis judiciaires, n’hésitez pas à consulter un avocat. Il pourra vous dire ce que vous devez retirer, ce que vous devez modifier et ce qui peut rester en l’état, sans crainte pour vous d’être attaqué au tribunal. Une bonne manière d’éviter les problèmes, c’est de romancer, « fictionaliser » les personnages qui s’inspirent trop de la réalité.

Oui, parce que les avocats n’ont que ça à foutre. Mais bon, avec votre « avance », on ne doute pas une seule seconde que vous pourrez sans problème vous payer une (ou deux, mais pas plus) heure de consultation juridique pour démêler tout ça avec lui. Ah, votre oncle est avocat ? Ok, là, c’est différent. (mon voisin est policier, je lui ai cassé les pieds pendant 1 heure et demie avec des questions super biscornues sur les homicides, à tel point qu’il a dû se demander si je planifiais le crime parfait, mais bon, c’est mon voisin, c’est pas un policier lambda que j’ai été déranger sur son lieu de travail ou pire, chez lui)

Une bonne manière d’attirer l’attention d’un agent littéraire, ou d’un éditeur, c’est de publier un récit court (trois, quatre pages) dans la presse. Non seulement cela vous permettra peut-être de vous faire remarquer, mais cela vous permettra peut-être aussi de gagner un peu d’argent. Même modeste, la somme peut être utile, par exemple, pour faire corriger votre manuscrit par un correcteur professionnel…

Comme chacun le sait, c’est très simple de publier un récit dans la presse, parce que tous les journaux ont évidemment une section consacrée aux jeunes auteurs qui leur envoient des nouvelles (d’ailleurs, je croyais qu’il ne fallait pas écrire des nouvelles ?). A la limite, dans le journal de votre village, pourquoi pas. Mais je doute que vous vous fassiez remarquer par un gros éditeur, en général, ils ne vivent pas dans des bleds de 200 habitants, ou alors n’ont pas le temps de lire la gazette du coin.
La somme… Vous impliquez qu’il va y avoir un paiement ? Soyez déjà heureux si le journal accepte de publier votre texte, hein, faut pas croire que quelqu’un va vous payer pour ça ! (d’ailleurs, pareil pour les appels à textes, souvent, le paiement est symbolique. Tout l’intérêt réside dans la ligne dans la bibliographie ou dans les critiques qui vous permettront de vous améliorer). Je rappellerai quand même que « somme modeste », pour moi, c’est 20€, et que si vous contactez un correcteur professionnel, il est fort peu probable qu’il accepte de corriger votre manuscrit pour cette somme dérisoire.

Blog, page Facebook, compte Twitter, vidéos de présentation sur YouTube, etc. Tous ces éléments sont devenus indispensables pour vous faire connaître, et faire connaître votre travail. Ne les négligez pas, car ils peuvent être de redoutables outils de bouche-à-oreille.

Bonne méthode : si vous n’êtes pas publié, emmerdez tout le monde avec votre texte, vous allez vous faire des amis. Faites de petites bandes-annonces sur youtube, ça aussi, c’est super sérieux, d’ailleurs, on a bien vu que tous les grands éditeurs le faisaient, hein ! A chaque fois que Bernard Werber ou Amélie Nothomb sortent un bouquin, on voit fleurir des teasers à la con partout sur le réseau… Restons sérieux deux minutes. Être sur les réseaux sociaux, c’est bien. Bombarder tout le monde de pub pour votre futur best-seller, c’est le meilleur moyen de gonfler les gens. Essayez d’être vous-même (ou d’être intéressant, il est à espérer que ça va de paire), simple, naturel, faites-vous des contacts, parlez de temps à autre de votre roman pour susciter l’intérêt de votre entourage, prévenez de la sortie de votre livre, faites un peu de pub, mais s’il vous plaît, PAS de matraquage chaque jour à grand renfort de slogans surréalistes à la « le Stephen King français », « le nouvel Harry Potter », ou des trucs comme ça qui vous donnent juste l’air d’un mytho fini.

Une fois que vous avez terminé l’écriture, la relecture, les corrections, etc., établissez-vous une liste des éditeurs à démarcher. Ciblez en priorité les maisons qui publient des histoires du même style que celle de votre roman. Pour mettre toutes les chances de votre côté, envoyez-leur un dossier comprenant un résumé percutant de votre livre, une petite biographie de vous et les meilleures pages de votre manuscrit. Ne soyez pas surpris si vous n’obtenez pas de réponse immédiatement. Cela peut prendre du temps. Le tout est de ne pas se décourager.

Oui, faites ça. Et ne soyez pas surpris si vous n’obtenez pas de réponse du tout…
Bon, on reprend : une fois que vous avez terminé l’écriture, la relecture, les corrections, etc., établissez-vous une liste des éditeurs à démarcher. Ciblez uniquement les maisons qui publient des histoires du même style que celle de votre roman (pas la peine d’envoyer de la SF à une maison qui publie du roman historique). Pour mettre toutes les chances de votre côté, allez sur leur site pour voir les conditions d’envoi du manuscrit. Inutile de leur envoyer votre ouvrage s’il est marqué en gros sur leur page de contact « nous n’acceptons actuellement aucun manuscrit ». Inutile de l’envoyer par la poste s’il est noté « soumissions uniquement par email ». Et s’il est noté d’envoyer un manuscrit relié recto simple TNR 12 une interligne et demie, inutile d’envoyer votre roman en police Comic sans MS 10, recto verso, interligne simple, sans marge, il ne sera sans doute pas lu. Pour la présentation, restez simple : une petite lettre d’accompagnement suffit, et dans celle-ci, inutile de vous étaler sur votre vie et ce qui vous a poussé à l’écriture, inutile également de préciser que « tout le monde a adoré » votre roman, même que votre maman, elle a dit que c’était le meilleur bouquin qu’elle avait lu de sa vie (vous vous souvenez, le dessin, la maternelle, les yeux qui pétillent, tout ça ?). Une bio, pourquoi pas, mais si elle est demandée. La plupart des éditeurs ne vont pas vous la demander. Si vous avez publié ailleurs, précisez-le (ah non, j’oubliais, on parle d’un premier roman, et bien sûr, comme vous avez suivi les conseils adaptés au marché américain qu’on vous a servis sur un plateau assortis d’une jolie traduction, vous n’avez pas non plus publié de nouvelles). Envoyez les meilleures pages ? Parce que vous pensez que l’éditeur, rendu fou par le suspens insoutenable qui se dégage des trois premières pages du bouquin, va composer d’une main fébrile et le coeur battant la chamade votre numéro de téléphone pour vous réclamer le manuscrit entier ? Oui, bien sûr, et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu. S’il est noté d’envoyer le manuscrit, envoyez le manuscrit. Et PAS en recommandé avec AR. L’éditeur n’a pas que ça à foutre, s’il n’est pas là, il ne va pas être content d’aller chercher le paquet à la poste. M’est avis qu’il n’ira d’ailleurs pas le chercher.
Inutile d’envoyer 20 manuscrits en même temps. Ciblez les 5 maisons que vous visez en priorité, envoyez-leur votre manuscrit. Après quelques mois, vous recevrez sans doute une jolie lettre du comité de lecture, vous précisant que « malheureusement, votre manuscrit ne correspond pas à notre ligne éditoriale ». Si vous avez BEAUCOUP de chance, il y aura quelques remarques. Si c’est le cas, corrigez en fonction. Envoyez aux cinq suivantes. Attendez. Renvoyez. Et ainsi de suite.
Ecrivez d’autres romans, participez à des forums, écoutez les conseils d’écrivains plus expérimentés, évitez de lire des conseils sur des sites qui n’ont visiblement pas la moindre idée de ce qu’est l’édition en France. Bref, vivez votre vie, et ne vous formalisez pas quand (j’aurais pu dire « si », mais là encore, restons réaliste) vous aurez reçu toutes vos lettres de refus.

L’écriture, ce n’est pas pour le business, pour être utile aux autres, pour devenir célèbre, pour se faire du fric, mais c’est un moyen d’expression. Racontez une histoire qui vous plaît, qui vous touche, et si elle touche les autres, c’est du bonus. Mais il faut surtout que l’acte d’écrire soit quelque chose qui vous plaise. Si seule la finalité vous intéresse (et par finalité, j’entends pouvoir dire « j’ai écrit un bouquin », ou « j’ai publié un bouquin » ou « j’ai vendu mon premier roman à 200 000 exemplaires »), laissez tomber.

(demain, nous parlerons des conseils pour écrire de la science-fiction…)