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Méthode de travail – Vanessa

Après l’impressionnant article de Lily sur sa technique d’écriture, je vais vous parler de la mienne, très très différente. Les gens s’imaginent souvent que lorsque l’on écrit une longue saga comme les Enfants de l’Ô, on est très organisé, avec des listes partout, des fiches de personnages, une fresque chronologique très détaillée, des centaines de notes, etc. etc.

Ce qu’il faut savoir, c’est que je suis une personne extrêmement bordélique. Je me retrouve très bien dans mon désordre, mais il est vrai que j’aimerais parfois être plus organisée. Je travaille là-dessus, progressivement. J’ai même acheté un carnet spécial pour me faire des fiches de personnages et développer l’univers des Enfants de l’Ô. Pour l’instant, je n’y ai écrit qu’un truc, et qui n’est même pas important pour ce que j’écris actuellement.

L’histoire des Enfants de l’Ô a germé dans ma tête il y a de cela plus de dix ans (13, pour être exacte) et a tellement changé au fil du temps que seuls les personnages principaux (les jumeaux Tio et Tia Romavitch) sont restés, avec une minuscule partie de l’histoire. Il y a des avantages et des inconvénients à traîner une histoire sur si longtemps. On connaît parfaitement ses personnages, leur caractère, leur passé. Cela leur donne un certain réalisme. En revanche, on ne voit plus les défauts de son histoire (voir cet article), ce qui n’est pas bon du tout.

Je n’ai pas à proprement parler de méthode de travail. Je me mets devant mon écran ou devant ma feuille, et j’écris. J’ai, pour mon histoire, ce que j’appelle des « balises » : des passages obligés. Entre deux balises, je laisse l’histoire se développer toute seule. L’important, c’est d’arriver à la prochaine balise. Là encore, points positifs et points négatifs : l’histoire est dynamique, je ne m’ennuie pas en l’écrivant, mais elle a également tendance à prendre des proportions incroyables.

Certes, je pourrais cadrer mon histoire, écrire un plan détaillé, chapitre par chapitre, mais franchement, je préfère m’amuser un peu plus. Me retrouver à simplement lier des événements listés et parfaitement saucissonnés, cela ne me plaît pas. Pour moi, une grande partie de l’intérêt d’écrire réside dans le fait de découvrir l’histoire peu à peu.

Très souvent, lorsque je commence un chapitre, je ne sais qu’une partie de ce qui va s’y passer. L’autre partie arrive toute seule, quand je ne l’attends pas, et bien souvent, elle aboutit à de nouveaux développements de l’histoire, qui la rendent plus intéressante. Après un certain point, je suis obligée de faire des plans, par exemple lorsque l’histoire touche à sa fin. Mais je me connais : je prévois trois chapitres, je me retrouve avec trente.

Pour vous donner une petite idée, avant de réécrire ce qui est maintenant la première partie des Enfants de l’Ô, j’ai fait un plan détaillé, chapitre par chapitre. Actuellement, je me trouve, sur ce plan, au chapitre cinq… Les plans et moi, apparemment, ce n’est pas l’amour fou.

J’ai très souvent de nouvelles idées pour le roman quand je conduis, quand je suis dans la salle d’attente du médecin, juste avant de m’endormir, etc. etc. Du coup, je me balade toujours avec un petit calepin rempli de notes, que je ne relis jamais (d’où l’intérêt), puisque si l’idée est bonne, elle reste. J’ai également un dictaphone, parce que lorsqu’on se réveille à 3h du matin avec une idée géniale, on n’a pas forcément envie de remuer la pièce pour trouver une feuille et un stylo.

Cela dit, pour la correction en profondeur du roman, j’ai l’intention de poser quelques bases : une chronologie détaillée, des données bien étudiées sur le monde, son fonctionnement, des fiches pour les personnages secondaires (parce que j’ai l’air maligne quand je dois feuilleter mon bouquin pour retrouver comment s’appelle tel ou tel chercheur).

Mais bon, je vais quand même dévoiler quelques trucs, sinon cet article n’a pas tellement de sens. Avant de commencer un chapitre, je prends une feuille et j’y inscris les événements clés dudit chapitre, avec, à côté, une estimation du nombre de pages que prendra chaque événement. Le but étant d’arriver à garder des chapitres homogènes, pour éviter d’avoir un chapitre de 5 pages et un autre de 25. En général, mes chapitres font 6000 mots. J’avais commencé avec 5000, mais je me suis laissée dépasser. Les derniers chapitres d’une partie peuvent être plus longs. Cette contrainte m’aide à me cadrer, et vu le format que j’utilise (publication chapitre par chapitre sur internet), c’était presque indispensable.

Autre chose : je ne refuse rien aux personnages. Parfois, j’ai un développement bien arrêté pour un chapitre, et quand j’y place mes personnages, ils refusent tout net de suivre le chemin que j’ai créé pour eux. Alors je les laisse n’en faire qu’à leur tête, du moment que les balises sont respectées. L’histoire est plus intéressante à écrire pour moi, et surtout, je ne risque pas de tomber dans le OOC (out of character).

Voilà ! A vous !

Grosse remise en question

Vous le savez, les Enfants de l’Ô, c’est un peu mon bébé et ça fait des années que le traîne : je l’abandonne, je le reprends, je l’abandonne de nouveau, j’écris la suite, je l’abandonne, je réécris tout… Bref, c’est un projet de longue haleine.

Or, j’ai remarqué quelques défauts persistants dans ce roman qui viennent clairement de l’attachement que j’ai au projet de base, à savoir le tout premier jet des Enfants de l’Ô, qui date de mes… quatorze ans. Quand on travaille pendant des années sur un roman, on finit par s’habituer si bien à l’ensemble de l’histoire qu’on ne voit plus ses failles.

Récemment, j’ai mis le doigt sur quelque chose qui me gênait depuis le début et que je contournais toujours comme je le pouvais : les planètes. Pour ceux qui ne connaissent pas le roman, il y a une planète-mère, Alpha, qui a réclamé son indépendance voilà environ 200 ans, et qui possède une panoplie des planètes-filles, tous moins habitées les unes que les autres. L’histoire se passe sur une de ces planètes, une des dernières à être colonisée : Lambda.

Pour contrebalancer ce qui s’appelle « l’Alliance Alpha », nous avons « l’Alliance Toria », à savoir la Terre sous sa nouvelle forme gentiment radioactive et à moitié rasée, et ses planètes-filles (moins que pour Alpha, parce que bon, ils ont quand même pas mal morflé pendant et après la guerre d’indépendance et ils n’avaient pas trop la tête à se balader dans l’espace pour ramasser des planètes).

Depuis le début, j’ai beaucoup de mal avec toutes ces planètes, parce que soyons honnêtes : elles ne servent strictement à rien, à part qu’à l’époque, c’était super « in » d’avoir plein de planètes, et surtout, l’histoire se passait dans un futur beaucoup, beaucoup plus lointain (dans une galaxie très très lointaine, blablabla, et non, je n’ai jamais été fan de Star Wars, bien au contraire, je n’aime pas vraiment (à part Harrison Ford, bien sûr, mais je m’écarte du sujet)). J’ai fait évoluer l’histoire, mais j’ai conservé le « setting » initial, à savoir les deux alliances qui se tapent sur la gueule, les planètes-mères, les planètes-filles, et les gens qui se promènent on ne sait trop comment entre les planètes distantes de beaucoup de millions d’années-lumière. Le dernier point était sûrement le plus embêtant, et évidemment, je me gardais bien de donner des explications.

A la suite de la visite du CERN (juste à côté de chez moi) avec le cousin de mon père, un passionné de physique, qui lit les Enfants de l’Ô, et surtout, à la suite de la discussion que nous avons eue à ce sujet, je me suis rendu compte que ça n’allait vraiment pas. En tant que scientifique qui se respecte (je suis biologiste, orientée génétique du développement, et j’ai fait mon master sur la polydactylie, pour la petite anecdote ^^), je déteste quand les choses sont illogiques. Je sais, je sais, il y a énormément de choses illogiques dans les Enfants de l’Ô, mais j’y travaille.

Donc, grosse réflexion sur ce problème de déplacement entre les planètes. Et réflexion plus générale sur les planètes elles-mêmes :

  1. Sont-elles nécessaires à l’histoire ?
  2. Sont-elles inévitables ?
  3. Représentent-elles un aspect particulier de l’histoire que je vais exploiter ?

Ayant répondu un non plus ou moins décidé à ces trois questions, je réfléchis un peu plus loin et fais une autre constatation : depuis le début, cette histoire de planètes me dérange. Et surtout, je n’arrive pas à le gérer. Mon roman se passe sur une planète, mais il pourrait aussi bien se dérouler dans le Pays de Gex ou dans le Canton de Genève. Je n’exploite absolument pas l’aspect « planète », et il me dessert plus qu’il ne me sert. Depuis le début, je parle du système de planètes comme s’il s’agissait d’une sympathique petite union de minuscules pays, avec chacun maximum 200’000 habitants (sauf bien sûr la planète-mère) et la superficie du Luxembourg.

La technologie n’est clairement pas assez évoluée pour supporter des transports ultra-rapides entre lesdites planètes, et quand Alicha se rend sur Alpha pour une série de conférences, on dirait presque qu’elle prend l’avion pour aller à New York.

Il y a un autre point qui m’ennuyait beaucoup : la probabilité de trouver des planètes « habitables » (et je ne parle pas de planètes habitables avec un scaphandre de 50kg et une bouteille d’oxygène mais bien de planètes identiques à la Terre pour ce qui est de la température, de l’atmosphère, de la gravité, de la dimension, de la rotation, etc. etc.) dans l’univers proche est tellement faible qu’elle approche de zéro. Du coup, en avoir tout d’un coup une quinzaine, ça le faisait moyen. Surtout que ce n’est pas tout, mais les gens, il faut les transporter, sur ces planètes, avec des matériaux, de la nourriture, etc. On ne peut pas les parachuter genre « bon, démerdez-vous, on repasse dans 10 ans ».

Je n’ai pas l’intention de laisser tomber entièrement le système de planètes, mais pour l’instant, au stade où en est l’histoire, je pense qu’une seule planète suffit. Alpha est une planète de la taille de la Terre, et n’oublions pas qu’actuellement, il y a encore de nombreux coins non explorés. Moi, si j’étais un colon en train de coloniser une nouvelle planète et que je me battais pour mon indépendance, je n’irais probablement pas me balader dans l’espace pour trouver une autre planète alors que j’ai déjà du mal à peupler un dix-millième de la surface de la mienne. Trois cents ans plus tard, il ne me paraît pas étonnant que la « civilisation » soit centrée autour de la première ville, qui s’est bien développée (genre mégalopole américaine ou asiatique), et qu’une myriade d’autres petites villes voient le jour un peu partout. Certains endroits moins sympathiques restent vierges (qui a envie d’aller se les peler au pôle ou de crever de chaud au milieu du désert ?) et les coins les plus éloignés des grandes métropoles sont moins peuplés également.

Bref, c’est décidé, exit le système planétaire débile façon science-fiction bas de gamme et « j’ai commencé à écrire cette histoire quand j’avais 13 ans », et place à un système plus logique. Evidemment, dans l’histoire publiée en ligne, rien ne change. Je ne veux pas commencer à perturber les lecteurs.

Qu’en pensez-vous ?

Méthode de travail – Lily

*Un peu intidimidée* Bonjour à tous, je suis Lily, une amie de Ness depuis… quelques années maintenant et elle m’a demandé de faire un post sur ma méthode d’écriture. Il faut savoir que j’écris peu, difficilement et mal, mais que j’en ai vraiment besoin. C’est pour ça que j’ai une méthode très élaborée, vous allez vous en apercevoir.

Ness a toujours été très intriguée par ma méthode d’écriture. Probablement parce qu’elle est l’exacte inverse de la sienne. Je préfère raconter des histoires à écrire, j’aime faire vivre des personnages et je déteste passer du temps à chercher des mots. Donc je planifie. Il faut que tout soit parfaitement organisé pour que je me sente à l’aise dans l’écriture.

Je vais d’abord faire une liste des scènes que je veux voir. Suivant la taille du projet, ça va faire entre 2 et 4 feuilles doubles manuscrites. Voici le genre de choses que ça peut donner :

Une liste de scènes

(*petite note de Ness : pour voir les images en plus grand, clic droit et « ouvrir dans une nouvelle fenêtre »*)

Puis je les ordonne à peu près et je découpe mon histoire en parties.

Sur papier :

Coupure des tomes sur papier

Ou sur ordinateur :

Coupure des tomes sur ordinateur

Ensuite, je reprends intégralement ma liste et je répartis mes scènes dans les différentes parties. Ça me prend en général quelques semaines, et c’est en perpétuelle évolution. J’ai testé différentes techniques pour ordonner mes scènes : des post-it que je colle sur des pages différentes suivant les parties (je crois que c’est surtout ça qui avait étonné Ness), des feuilles où j’écris au stylo-plume et où j’efface, et plus récemment, directement dans un énorme fichier Excel.

Rangement des scènes avec des Post-It

Ensuite, je planifie mes personnages. Je fais des fiches, un peu comme en jeu de rôle, avec des informations diverses et variées (nom, surnoms, âge, apparence, caractère, aime/n’aime pas, pouvoir…), qui me font en général me demander comment tel ou tel personnage réagirait face à telle ou telle situation. Je vais ensuite généralement créer un Sim (dans les Sims 2, donc) pour finaliser l’apparence du personnage et pour mieux me l’imaginer. Je ne le fais pas toujours, mais assez souvent, surtout pour des personnages que j’ai du mal à cerner. Je vais aussi créer des schémas de relations entre les personnages. D’abord à la main, puis, quand ils sont assez aboutis, sur ordinateur.

Schéma de relations entre les personnages

Fiches (simplifiées) de personnages

Les noms de mes personnages sont aussi le sujet de moult recherches. Surtout dans À titre posthume, puisque rien que mes personnages principaux viennent de 3 pays différents (France, Irlande et Japon). Je peux passer des heures à m’arracher les cheveux sur un prénom, et il arrive que j’en change parce qu’ils me bloquent (Meg s’appelait avant Mei, et encore avant Annie, par exemple). Les prénoms que je choisis ont en général des significations correspondantes au personnage (je pense à un prénom en particulier qui, si on en cherche la signification, peut donner de très grands indices sur la suite de l’histoire), mais le plus souvent, c’est surtout une histoire d’origine et de sonorité.

Ensuite, je vais me créer une playlist qui corresponde à l’histoire, soit avec des chansons liées à des événements précis (Good enough d’Evanescence pour la fin de ma première partie par exemple), à des personnages (Love in Snow de Ueda Tatsuya pour Shin…) ou à l’histoire en général (Numb (piano version) de Linkin Park…). Ces chansons m’aident à me mettre dans l’ambiance pour écrire ou imaginer des scènes, et je vais les écouter en boucle. J’essaie aussi d’imaginer quelles musiques mes personnages écoutent, il me faut vraiment un fond sonore quand j’écris. Je vais parfois même jusqu’à écrire des chansons spécialement pour mes histoires.

Quelques chansons importantes dans À titre posthume

Je vais également beaucoup (et mal) dessiner : des bâtiments, des personnages, des scènes, des logos, des vêtements…

Le titre À titre posthume est le fruit d’un long brainstorming, qui a vu être refusés Baile Atha Cliath, Le secret du talisman, Manon… Je mentionne ça, parce que j’essayerai de faire un article sur la mise en place d’un brainstorming tel qu’elle se fait en agence de communication.

Dans cette entrée, j’ai souvent dit « ensuite », mais en fait, je fais tout en même temps : création des personnages, découpage des parties, playlist… J’espère que cette entrée a pu vous donner des idées et que vous ne me trouvez pas aussi bizarre que Ness !