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Question de réalisme

Dans la scène que j’écris actuellement, il y a quelque chose qui me pose problème : l’annonce de la mort d’un être cher (oui, il y a un personnage qui va mourir. Désolée pour le spoiler ^^). J’ai eu la chance jusqu’à présent de ne pas perdre quelqu’un à qui je tenais énormément. J’ai perdu mes grands-parents, mais je les connaissais mal. Je ne peux pas comparer ma tristesse avec la tristesse de quelqu’un qui perd un enfant, un frère, une mère. Je ne peux qu’essayer d’imaginer ce que ça me ferait si on m’annonçait quelque chose de ce genre. Mais j’ai quand même l’impression que ce n’est pas très réaliste et que ça sonne un peu faux. Autant je n’ai aucun problème avec des scènes atroces (et non, je ne suis pas une femme battue, rassurez-vous), autant le deuil a toujours été pour moi quelque chose que je ne voulais pas regarder de trop près.

Je sais que tous les êtres humains sont différents, que chacun réagit à sa manière face à une situation donnée, mais là, je ne suis pas contente de moi, j’ai vraiment un problème avec le fait de ne pas « ressentir » les émotions de mes personnages, et donc de ne pas pouvoir les transcrire correctement.

Vous êtes vous trouvés confrontés un jour à une situation similaire ? A une émotion que vous ne saviez pas trop comment transcrire ? Comment avez-vous fait ?

De la difficulté de créer une ville, et par extension, un monde.

Jusqu’à maintenant, j’ai toujours choisi la facilité : descriptions pauvres, points de vue de personnages connaissant la ville, donc parti pris de ne pas la décrire (vous vous arrêtez souvent, vous, en admiration devant votre ville natale, pour passer en revue l’histoire de sa construction et son architecture ? En tout cas, moi, ça ne m’est jamais arrivé). Mais là, mon couple de personnages arrive dans une nouvelle ville, qu’ils ne connaissent ni l’un ni l’autre, et qui est suffisamment différente de tout ce qu’ils ont vu jusqu’à présent pour qu’ils en soient étonnés et la décrivent.

Sauf que voilà, du coup, il faut que je l’invente, cette ville… Et vu comme j’étais partie, je décrivais une ville en plein désert sortie de nulle part. Heureusement, Lily est plus experte que moi dans ce domaine et m’a rappelé quelques règles de base :

  • construire près d’un point d’eau conséquent
  • utiliser les matériaux présents sur place
  • réfléchir au nombre d’habitants de la ville et l’adapter en conséquence
  • prendre exemple sur des villes construites récemment

Elle a aussi proposé des trucs sympas, genre les quartiers à thèmes. Mais étant une habituée de New York et d’autres grandes villes, c’était probablement le seul truc auquel j’avais pensé toute seule. Je me suis dit que des colons risquaient d’être nostalgiques de leur patrie d’origine et de reprendre certains de ses symboles. On le voit bien, d’ailleurs, avec les Etats Unis. Combien de villes portent le nom de villes européennes ?

Alors voilà, je me sens bien de mettre l’Opera de Sydney ou un autre bâtiment marrant en plein milieu de la ville. Grâce à Lily, ma ville est construite au bord de l’océan, et la vieille ville, conservée comme souvent, est composée de bâtiments de brique rouge :)

J’ai choisi des métros aériens et souterrains pour les transports, ainsi que quelques bus. (Et là, vous vous dites, ok, on a compris, ta ville, c’est New York) Et comme ils avaient plein de place, il y a beaucoup de jardins et de grands espaces. Et ils profitent aussi de la présence du port et de l’océan pour avoir de sympathiques petits ékranoplanes qui font les plus longs trajets (un grand merci à mon chéri pour l’histoire des ékranoplanes, d’ailleurs !).

Bref, ça commence à prendre forme, mais ce n’était pas facile. Et, chose très marrante, je viens de trouver sur mon ordinateur une image qui est à peu de choses près ce que je veux pour ma ville. C’est drôle, la personne qui a créé cette ville a aussi pensé à remettre des monuments symboliques importants. (clic droit sur l’image pour l’avoir en plus grand, afficher l’image)

Après, du coup, je me suis posé toutes sortes de questions sur le monde où se déroule l’action des Enfants de l’Ô. J’ai décidé de laisser tomber le nom Lambda pour la planète, car maintenant, Alpha, Lambda, Epsilon, tous ces charmants endroits aux noms d’une époustouflante originalité se trouvent sur une seule et même planète, et j’espère bien que vous allez m’aider à trouver un nom génial, parce que vous avez pu constater que ce n’était pas mon point fort ^^

Et là… Mon copain, comme toujours, pose le doigt sur les problèmes… Quel pourcentage de terres émergées ? Combien d’heures pour la rotation de la planète sur elle-même ? Quel diamètre ? Et moi, ben… « Euh, comme la Terre ! » Oui, je sais, la probabilité de trouver une exoplanète de la même taille que la Terre, qui a la même durée de rotation sur elle-même, qui a la même durée de rotation autour de son soleil (à noter que leur soleil est de la même classe que le nôtre), qui a la même atmosphère, un climat similaire, etc. etc., approche le zéro absolu. Mais bon. Du coup, j’ai décidé de faire de cette faiblesse une force ! Je n’en dis pas plus pour le moment (surtout que je n’ai pas encore vraiment déterminé comment j’allais faire ça).

Dites, les écrivains de fantasy parmi vous, les créateurs de monde, tout ça, est-ce que vous connaissez un bon logiciel pour dessiner la carte d’une planète ? Mon copain en a besoin pour dessiner la planète.
D’autre part, est-ce que vous auriez des conseils ou des trucs à ne pas négliger ? Merci d’avance !

Et n’hésitez pas à partager ici vos expériences — désastreuses ou non — de création de villes ou de planètes !

En faire trop ou ne pas en faire assez ?

Certaines personnes (ou plutôt, une certaine personne ^^) me reprochent de me perdre dans des longueurs. J’avoue que parfois, je pourrais faire plus court, mais je laisse courir le récit pour le simple plaisir de faire interagir mes personnages et de les mettre en relief.

Quelque chose que j’ai toujours reproché aux romans, c’est qu’on ne nous montre qu’une facette des personnages. Du coup, les personnages restent creux, superficiels. Comme les décors de films américains. J’aime quand un personnage radote, quand il est chiant, un peu con, quand il fait des trucs pas logiques simplement parce que, dans la vie, on fait des trucs pas logiques. Un personnage n’est pas constamment tendu vers l’action. Parfois, en lisant certains romans, on a l’impression que les personnages ne sont que des pions, une sorte d’excuse pour faire avancer l’histoire. Un dialogue a toujours une méga importance, la moindre découverte est cruciale, toutes les pensées du héros sont dirigées vers l’histoire ou vers l’issue de celle-ci.

Non. Mais. Oh. Est-ce que vous vous imaginez si quelqu’un enregistrait votre vie du début à la fin, dans les moindres détails, et ne gardait que les éléments qu’il juge importants ? Pour un peu que ce qu’il juge important soit l’obtention d’un prix de gymnastique à l’âge de 15 ans, bravo l’intérêt.

J’ai toujours mis un point d’honneur à rendre mes personnages crédibles. Mes personnages sont chiants, ils font des trucs stupides, ils ont des problèmes existentiels débiles, ils foncent tête baissée dans la mauvaise direction, bref, ils sont humains. Luka est une grosse flemmasse qui a le sens de l’humour d’un bol de porridge, il est têtu, immature par moments, violent. Line est une égoïste naïve et indécise, qui rabaisse tout le monde et ne s’occupe pas du tout de son gosse. Ludméa est obstinée, obsédée par le « qu’en dira-t-on » et vit sur son petit nuage. Ruan est… euh… Ruan est un peu trop complexe pour qu’on le réduire à quelques mots. Lyen est prête à sacrifier tout le monde pour se venger. Bref. Heureusement, ils ne se limitent pas qu’à ça, sinon, le roman serait vite casse-pied.

Mais des fois, je me dis, peut-être que j’en fais un peu trop. Peut-être que je devrais parfois privilégier l’avancée de l’action à la profondeur et au réalisme des personnages. Je ne sais pas. En général, je n’écris qu’un dixième des scènes que j’imagine. Les scènes intermédiaires sont jouées dans ma tête et me permettent (probablement) d’améliorer le réalisme des personnages pour les scènes écrites.

Une chose qu’on m’a reprochée (une seule fois, d’ailleurs), c’est que l’histoire était déjà tellement complexe qu’ajouter des personnages complexes eux aussi contribuaient à perdre le lecteur. Par ailleurs, on m’a dit (de nombreuses fois) que mes personnages étaient extrêmement réalistes et très attachants.

Du coup, que faire ?

(si François était là, il me dirait « il faut couper !!! », mais il n’est pas là, alors j’en profite :postevil: )

Méthode de travail – Vanessa

Après l’impressionnant article de Lily sur sa technique d’écriture, je vais vous parler de la mienne, très très différente. Les gens s’imaginent souvent que lorsque l’on écrit une longue saga comme les Enfants de l’Ô, on est très organisé, avec des listes partout, des fiches de personnages, une fresque chronologique très détaillée, des centaines de notes, etc. etc.

Ce qu’il faut savoir, c’est que je suis une personne extrêmement bordélique. Je me retrouve très bien dans mon désordre, mais il est vrai que j’aimerais parfois être plus organisée. Je travaille là-dessus, progressivement. J’ai même acheté un carnet spécial pour me faire des fiches de personnages et développer l’univers des Enfants de l’Ô. Pour l’instant, je n’y ai écrit qu’un truc, et qui n’est même pas important pour ce que j’écris actuellement.

L’histoire des Enfants de l’Ô a germé dans ma tête il y a de cela plus de dix ans (13, pour être exacte) et a tellement changé au fil du temps que seuls les personnages principaux (les jumeaux Tio et Tia Romavitch) sont restés, avec une minuscule partie de l’histoire. Il y a des avantages et des inconvénients à traîner une histoire sur si longtemps. On connaît parfaitement ses personnages, leur caractère, leur passé. Cela leur donne un certain réalisme. En revanche, on ne voit plus les défauts de son histoire (voir cet article), ce qui n’est pas bon du tout.

Je n’ai pas à proprement parler de méthode de travail. Je me mets devant mon écran ou devant ma feuille, et j’écris. J’ai, pour mon histoire, ce que j’appelle des « balises » : des passages obligés. Entre deux balises, je laisse l’histoire se développer toute seule. L’important, c’est d’arriver à la prochaine balise. Là encore, points positifs et points négatifs : l’histoire est dynamique, je ne m’ennuie pas en l’écrivant, mais elle a également tendance à prendre des proportions incroyables.

Certes, je pourrais cadrer mon histoire, écrire un plan détaillé, chapitre par chapitre, mais franchement, je préfère m’amuser un peu plus. Me retrouver à simplement lier des événements listés et parfaitement saucissonnés, cela ne me plaît pas. Pour moi, une grande partie de l’intérêt d’écrire réside dans le fait de découvrir l’histoire peu à peu.

Très souvent, lorsque je commence un chapitre, je ne sais qu’une partie de ce qui va s’y passer. L’autre partie arrive toute seule, quand je ne l’attends pas, et bien souvent, elle aboutit à de nouveaux développements de l’histoire, qui la rendent plus intéressante. Après un certain point, je suis obligée de faire des plans, par exemple lorsque l’histoire touche à sa fin. Mais je me connais : je prévois trois chapitres, je me retrouve avec trente.

Pour vous donner une petite idée, avant de réécrire ce qui est maintenant la première partie des Enfants de l’Ô, j’ai fait un plan détaillé, chapitre par chapitre. Actuellement, je me trouve, sur ce plan, au chapitre cinq… Les plans et moi, apparemment, ce n’est pas l’amour fou.

J’ai très souvent de nouvelles idées pour le roman quand je conduis, quand je suis dans la salle d’attente du médecin, juste avant de m’endormir, etc. etc. Du coup, je me balade toujours avec un petit calepin rempli de notes, que je ne relis jamais (d’où l’intérêt), puisque si l’idée est bonne, elle reste. J’ai également un dictaphone, parce que lorsqu’on se réveille à 3h du matin avec une idée géniale, on n’a pas forcément envie de remuer la pièce pour trouver une feuille et un stylo.

Cela dit, pour la correction en profondeur du roman, j’ai l’intention de poser quelques bases : une chronologie détaillée, des données bien étudiées sur le monde, son fonctionnement, des fiches pour les personnages secondaires (parce que j’ai l’air maligne quand je dois feuilleter mon bouquin pour retrouver comment s’appelle tel ou tel chercheur).

Mais bon, je vais quand même dévoiler quelques trucs, sinon cet article n’a pas tellement de sens. Avant de commencer un chapitre, je prends une feuille et j’y inscris les événements clés dudit chapitre, avec, à côté, une estimation du nombre de pages que prendra chaque événement. Le but étant d’arriver à garder des chapitres homogènes, pour éviter d’avoir un chapitre de 5 pages et un autre de 25. En général, mes chapitres font 6000 mots. J’avais commencé avec 5000, mais je me suis laissée dépasser. Les derniers chapitres d’une partie peuvent être plus longs. Cette contrainte m’aide à me cadrer, et vu le format que j’utilise (publication chapitre par chapitre sur internet), c’était presque indispensable.

Autre chose : je ne refuse rien aux personnages. Parfois, j’ai un développement bien arrêté pour un chapitre, et quand j’y place mes personnages, ils refusent tout net de suivre le chemin que j’ai créé pour eux. Alors je les laisse n’en faire qu’à leur tête, du moment que les balises sont respectées. L’histoire est plus intéressante à écrire pour moi, et surtout, je ne risque pas de tomber dans le OOC (out of character).

Voilà ! A vous !

Quand vos personnages se rebellent.

J’écrirais bientôt un article sur ma propre méthode d’écriture, qui est radicalement différente de celle de Lily, mais pour le moment, je vais simplement vous parler de la rébellion des personnages.

Je suis sûre qu’il vous est déjà arrivé de créer un personnage, de définir son caractère, les gens qu’il devait aimer, ceux qu’il devait détester, et de vous rendre compte au milieu de l’histoire que votre personnage a pris vie et qu’il n’est absolument pas d’accord de se cantonner au rôle que vous aviez si bien préparé pour lui. Que ce soit un personnage secondaire qui fasse un « putsch politique » pour parvenir au premier plan, que ce soit l’héroïne un peu nigaude qui décide soudain de s’émanciper et de se la jouer Erin Brockovitch,
ou encore deux amants destinés l’un à l’autre qui préfèrent aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte et le ciel plus bleu, ils ont pris vie et vous ont « échappé ».

J’ai face à ce phénomène une attitude assez positive : mes personnages sont si « réels » qu’ils ont leur propre vie. S’ils refusent de faire ce que je leur dis, c’est mon erreur, pas la leur. Têtus, bornés, bien décidés à me casser les pieds, mes personnages me mènent à la baguette. S’ils ne sont pas contents d’une scène, ils savent bien se manifester pour me forcer à revenir dans le droit chemin : le leur.

(bon, je l’admets, j’ai l’air d’une parfaite petite schizophrène, dans cet article.)

Tout à l’heure, en pleine écriture du chapitre 9-V, je travaillais sur une scène que j’avais bien préparée, explorée, prévue sous tous les angles, etc. Même si je n’ai pas écrit pendant près d’une année, ça ne veut pas dire que je n’ai pas pensé à mon histoire, donc cette scène, je la connaissais bien, depuis longtemps. Seulement voilà, depuis le début de la matinée, je procrastine, je tourne en rond, je regarde des conneries à la télé, tout ça pour ne pas me mettre à l’écriture de « la scène fatidique ». Ça m’énerve, vu que je connais parfaitement cette scène et que je n’ai, finalement, qu’à la décrire en tant que bonne spectatrice. Je me mets enfin à l’écriture de la scène, et en plein milieu, boum !, changement de cap. Mon personnage a décidé de ne pas être la cruche débile qui se laisse faire (non, je ne parle pas de Ludméa, mauvaises langues !) et de montrer qu’elle aussi, elle a du caractère, et qu’elle ne va quand même pas se laisser marcher sur les pieds.

Résultat : une scène qui n’a rien à voir avec ce que j’avais prévu, mais qui est bien plus dans le style de mon personnage que celle que j’avais en tête au départ. Maintenant, une fois le point final écrit, je me dis qu’elle est beaucoup mieux comme ça, et je remercie mon personnage d’avoir tiré la sonnette d’alarme : « alerte, scène OOC ! »

Le terme OOC est surtout utilisé dans les fanfictions et signifie « out of character », mais j’aime l’employer aussi ailleurs. Mon but, dans les Enfants de l’Ô, c’est d’explorer les relations entre personnages (et aussi d’écrire une histoire, évidemment), et rien de tel que des scènes complètement OOC pour briser le réalisme.

Un compliment qui revient souvent sur mon roman, c’est : « Tes personnages sont tellement réalistes qu’on n’a pas l’impression qu’ils sont juste des héros de roman ». Et c’est peut-être justement en leur lâchant la bride que j’arrive à cultiver ce réalisme.

Et vous ? Des rébellions dans les rangs ? Une mutinerie en vue ? Vos personnages vous ont-ils, vous aussi, réduits en esclavage ?